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LE DEVELOPPEMENT DES TRANSFORMATIONS POST-RECOLTE POUR L'APPROVISIONNEMENT DES MARCHES URBAINS:
L'EXEMPLE DE LA  FILIERE COSSETTE D'IGNAME EN AFRIQUE DE L'OUEST

P. VERNIER1, N. BRICAS2, E. ATEGBO3, J. HOUNHOUIGAN3,
K.E. N’KPENU4 & G. ORKWOR5

1 Unit� CIRAD-IITA de Coordination de la Recherche sur l’Igname
2 CIRAD-SAR, Montpellier, France
3 Universit� Nationale du B�nin, Facult� des Sciences Agronomiques
4 Institut National des Cultures Vivri�res (INCV), Lom�, Togo
5 Institut de Recherche sur les Plantes � Racines et Tubercules (NRCRI), Umuahia, Nigeria

Introduction

L’igname est un aliment tr�s appr�ci� en Afrique de l’Ouest mais sa consommation sous forme de tubercules frais pr�sente, pour les consommateurs urbains, de fortes contraintes. Celles-ci sont li�es aux caract�res saisonnier et p�rissable du produit qui rendent irr�guli�re sa disponibilit� sur les march�s urbains et qui en font un aliment souvent beaucoup plus cher que les autres produits amylac�s. Avec l’urbanisation, on observe dans certains pays, le d�veloppement d'une fili�re originale de cossettes d’igname. Il s'agit d'un produit stabilis� obtenu � partir de petits tubercules pr�cuits et s�ch�s au soleil. Les cossettes se consomment principalement sous forme de p�te ("l’amala" ou le "t�libo") pr�par�e � partir de la farine que l’on en obtient. Pour mieux estimer l'importance et comprendre le fonctionnement de cette fili�re encore mal connue, une enqu�te de consommation sur les produits � base d’igname a �t� men�e en milieu urbain dans trois pays (B�nin, sud-ouest Nigeria, Togo). La situation est contrast�e selon les pays. Si, au Togo et au B�nin, la base alimentaire reste le ma�s, au B�nin, l’amala semble avoir p�n�tr� les habitudes alimentaires comme produit de diversification plus consomm� que l’igname fra�che. Dans la partie du Nigeria soumise � l'enqu�te, la consommation d’amala est dominante. Les consommateurs expliquent leur consommation de produits d�riv�s des cossettes par leur qualit� gustative, leur constante disponibilit� et leur facilit� de pr�paration. Le d�veloppement de cette fili�re dans d’autres pays producteurs d’igname, moyennant les transferts de technologie appropri�s, permettrait de r�duire les contraintes li�es � une commercialisation uniquement bas�e sur les tubercules frais.

L'igname en Afrique de l'Ouest

L'urbanisation rapide de l'Afrique (pr�s de 7 % par an) peut produire un effet d'entra�nement sur la production vivri�re des pays de ce continent � une condition essentielle: celle d'un d�veloppement de syst�mes d'interm�diation durables (commercialisation, transport, transformation) entre villes et campagnes. Ces syst�mes doivent pouvoir � la fois fournir une garantie de d�bouch�s pour les agriculteurs les incitant � accro�tre leur production, et �galement mettre � la disposition permanente des consommateurs urbains des produits adapt�s � leurs styles alimentaires et � leur budget.
En zone de savane soudanienne ainsi qu’en zone tropicale humide, l'igname en tant que plante et produit alimentaire dispose d'un important potentiel pour relever ce d�fi. Il a �t� d�montr� que c’est une des cultures tropicales les plus efficaces tant en termes calorique (de Vries et al, 1967) que prot�ique (Idusogie, 1971).
Pour l’ann�e 1995, la production africaine d'igname est estim�e � pr�s de 33 millions de tonnes par an, dont plus de 31 pour la seule Afrique de l’Ouest, la majeure partie �tant fournie par le Nigeria (23 MT). La C�te d'Ivoire
(2,8 MT), le Ghana (2,2 MT), le B�nin (1,3 MT) et le Togo (375 000 T) sont �galement des producteurs importants (FAO, 1996). Entre 1989-91 et 1995, la production du continent aurait augment� de pr�s de 50%, toujours selon les statistiques de la FAO, ce qui infirme l’image que Coursey combattait d�j� (Coursey, 1981) d’une production � l’avenir incertain, au mieux folklorique, handicap�e par ses co�ts de production �lev�s et sa conservation difficile.
Dans cette r�gion, l'igname est une culture ancestrale � laquelle les paysans portent un attachement particulier. Cette plante et ce produit ont en effet un r�le social et culturel important qui a fait qualifier cette r�gion de civilisation africaine de l’igname (Mi�ge, 1957). L'igname joue �galement un r�le de s�curit� alimentaire car c’est une plante moins sensible aux al�as climatiques que les c�r�ales cultivables dans les m�mes zones. Bien qu’originaire, pour Dioscorea cayenensis-rotundata, du Golfe de Guin�e (Nigeria, B�nin) (Coursey, 1976), la culture de l’igname se d�veloppe aussi vers les zones tropicales humides de l’Afrique centrale. En Centrafrique (250 000 t), au Tchad (240 000 t), au Gabon (120 000 t) et au Za�re (315 000 t) (donn�es 1995), l’igname est d�sormais pr�sente au sein des syst�mes agricoles, soit en tant que sp�culation majeure, soit comme culture de diversification.
La consommation d'igname est importante dans les zones de production o� elle peut fournir une part importante des apports caloriques. Elle est �galement significative en milieu urbain, malgr� la concurrence d'autres produits (manioc, ma�s, sorgho, riz, bl�). En Afrique, l'igname continue en effet d'�tre particuli�rement appr�ci�e par les citadins et conserve un prestige certain. Elle participe � la diversification de l'alimentation, tendance lourde de l'�volution des styles de consommation urbains (Bricas, 1993), notamment pour les populations non originaires des zones traditionnelles de production. En Afrique de l’Ouest, sa commercialisation se d�veloppe hors des pays de production vers les villes du Sahel (Bamako, Ouagadougou, Niamey) o� l'on observe des arrivages en provenance des pays c�tiers et o� la consommation s'introduit par le biais de la petite restauration populaire.

Les cossettes d’igname

Bien que l’igname soit en majeure partie consomm�e sous forme de tubercules frais, il existait depuis longtemps, dans toute la zone de production d'igname, une pratique de transformation des tubercules en cossettes � usage domestique. Les paysans stabilisaient une partie de leur production, notamment les �carts de cuisine, afin de constituer des stocks pour les p�riodes de soudure. Cette technique consiste � �plucher les tubercules, les pr�cuire � l'eau contenant des substances naturelles qui jouent par la suite le r�le d'antifongiques et d'insectifuges, puis les s�cher au soleil, de pr�f�rence en p�riode d’harmattan. La pr�cuisson n’est pas syst�matique, en particulier au Nigeria (Ezeh, 1992). Dans ce cas, la possibilit� de conservation est limit�e � quelques semaines alors qu'elle peut s'�tendre � plus d'un an lorsque les tubercules ont �t� pr�cuits avant s�chage. C'est essentiellement sous cette forme de tubercules s�ch�s, entiers mais de petite taille ou en morceaux, que s'effectue la commercialisation vers les march�s urbains. Pour leur utilisation culinaire, les cossettes sont r�duites en farine apr�s concassage. La farine sert � fabriquer une p�te color�e � consistance �lastique, "l'amala" ou le "t�libo", que les consommateurs distinguent du "foutou ou foufou", l'igname pil�e pr�par�e � partir de tubercules frais. Des plats plus �labor�s existent aussi comme le "wassa-wassa" connu dans toute la sous-r�gion (granules de farine) ou le "tubaani" du Ghana en m�lange avec la farine de haricot.

Le processus de pr�paration de l’amala est d�taill� dans la figure 1.

Fig. 1 Proc�d� de transformation de l'igname en cossettes, farine et "amala" (d’apr�s D�partement Nutrition et Sciences Agro-alimentaires - FSA-UNB). FIG 2_7A (8 KB)

La transformation des ignames en cossettes est traditionnellement tr�s importante dans les r�gions de Ife, Ilesha et Ede � l’ouest du Nigeria (Adisa, 1985; Ig�, 1981). Cependant il y a encore une vingtaine d’ann�es au Nigeria et au B�nin, les fili�res d'approvisionnement urbain en igname �taient largement domin�es par les flux de tubercules frais. Au Nigeria, les produits transform�s � base d’igname n’�taient, il y a encore quelques ann�es, consid�r�s que comme des produits domestiques (Coursey, 1979). Au B�nin, il a fallu attendre la fin des ann�es 70 pour voir appara�tre les cossettes dans les statistiques agricoles (Dumont et Vernier, 1997).

Les handicaps de la fili�re igname fra�che

La commercialisation quasi exclusive sous forme de tubercules frais pr�vaut toujours dans les autres pays. Cette situation induit un certain nombre de facteurs d�favorables:

*

Du fait des crit�res de qualit� des consommateurs pour les tubercules frais, les paysans privil�gient pour cette production, des vari�t�s � gros tubercules qui donnent la meilleure qualit� d’igname pil�e. La culture de ces vari�t�s, exigeantes en fertilit�, est inf�od�e � la pratique de d�friche-br�lis. Elle exige un important travail, notamment pour le buttage des plants qui doit permettre un bon grossissement du tubercule dans une terre meuble. Or, avec la pression fonci�re, les surfaces de for�ts tendent � se r�duire et les rotations culturales s'acc�l�rent. Dans ce contexte, l'accroissement de la production de ce type d’igname pour suivre la demande appara�t difficile � long terme.

* A l’inverse du manioc, dont la r�colte est possible tout au long de l’ann�e, l'igname est une production saisonni�re qui se conserve difficilement au-del� de quelques semaines apr�s la r�colte. En l'absence de techniques de stabilisation, les pertes apr�s r�colte peuvent �tre importantes, notamment avec les vari�t�s les plus appr�ci�es (pourriture, germination). Ces pertes peuvent atteindre pr�s de 50% de la production en six mois (Coursey, 1967).
Fig. 2 Evolution des prix de l’igname selon le produit consid�r� sur le march� de Parakou (B�nin) (sources des donn�es ONASA). FIG 2_7B (11 KB)

*

Pour ces raisons, la disponibilit� de l'igname fra�che sur les march�s est saisonni�re et les prix au consommateur varient fortement durant l’ann�e. D'apr�s les donn�es de l'ONASA (Organisation Nationale pour la S�curit� Alimentaire) au B�nin (figure 2), on constate que les prix peuvent varier d'un facteur de 1 � 6 en cours d'ann�e.
* Compte tenu de la forte teneur en eau des tubercules frais (60 � 75%), la commercialisation est handicap�e par un co�t de transport �lev�.
* De l'ensemble de ces contraintes, il r�sulte pour le consommateur urbain un co�t moyen de l'igname fra�che relativement �lev� par rapport aux autres amylac�s. Les prix moyens annuels des produits amylac�s sur le principal march� de Cotonou (Dantokpa) et sur le march� de Parakou, en pleine zone de production d'igname, sont indiqu�s dans le Tableau 1.

 

Tab. 1

Moyennes annuelles des prix au consommateur des principaux produits amylac�s (en FCFA/kg; Source: Nos calculs d'apr�s les donn�es mensuelles de l'ONASA).


Cotonou Dantokpa

Parakou

1994

1995

1996

1994

1995

1996


Ma�s
Riz local
Riz import�
Farine de bl�
Igname fra�che
Igname �quiv. sec*
Cossette igname
Gari ordinaire
Gari fin
Cossette manioc
86
196
243
212
87
220

92
121
106
236
277
252
86
219

120
154
141
325
316
330
101
256

158
199
67
213
226
218
58
148
112
122
155
60
87
248
279
262
65
166
116
135
173
64
139
288
334
340
84
212
140
173
215
95

*

Le prix de l'igname �quivalent sec est calcul� pour un taux d'humidit� �quivalent � celui des cossettes d'igname (13 %) et compte tenu des pertes dues � l’�pluchage (25%).

Les avantages de la fili�re cossette

En comparaison avec la fili�re igname fra�che, la fili�re cossettes pr�sente a priori un certain nombre d'avantages:

*

Les crit�res de qualit� des consommateurs pour les cossettes sont diff�rents de ceux pour les tubercules frais � piler. Ce sont les petits tubercules (300 � 400 g) qui sont recherch�s car plus faciles � s�cher et, par cons�quent, associ�s par le consommateur � une image de qualit�. De ce fait, les producteurs privil�gient pour la fabrication des cossettes les vari�t�s D. cayenensis rotundata � multiples petits tubercules, connues dans les trois pays sous le nom g�n�rique de "kokoro" (plus connues sous le nom d’Alassora au Togo). Celles-ci apparaissent �galement moins exigeantes quant � la fertilit� du sol que les " vari�t�s � piler ", g�n�ralement pr�coces, et s'ins�rent plus facilement dans des syst�mes de culture stabilis�s. Les buttes n�cessaires � ces vari�t�s sont moins importantes, ce qui r�duit le travail agricole. De ce fait les vari�t�s "kokoro" apparaissent plus adapt�es que les vari�t�s classiques � l'�volution tendancielle, li�e � l’augmentation d�mographique, des syst�mes de culture vers la s�dentarisation sous l’effet de la croissance d�mographique.
* La transformation en cossettes permettant de stabiliser le produit, les pertes apr�s r�colte sont tr�s largement r�duites. Les cossettes se conservent plus d’un an et sont donc disponibles sur les march�s urbains de fa�on r�guli�re. D'apr�s les donn�es de l'ONASA, au B�nin, on constate que les prix ne varient que d'un facteur de 1 � 2 au cours de l'ann�e
(cf. Figure 2). Il subsiste cependant des difficult�s pour s�cher au soleil d'importantes quantit�s de tubercules, le s�chage ne s’effectuant correctement que pendant les p�riodes d’harmattan (faible humidit� relative de l’air).
* Ces difficult�s se traduisent par la production et la mise sur le march� de lots de tubercules parfois mal s�ch�s et noircis par les moisissures. Pendant le stockage les cossettes sont souvent attaqu�es par les insectes foreurs (Adisa, 1985) dont les d�g�ts deviennent importants apr�s quelques mois. Parmi les plus fr�quents on peut citer Sitophilus zeamais Motschulsky (Col: Curculionidae), Dinoderus ?oblongopunctatus Lesne et D. minutus Fabricius (Col: Bostrichidae), Palorus subdepressus Wollaston (Col: Bostrichidae) (G. Goergen cit� par Dumont, Vernier, 1997).
* Les cossettes ont une teneur en eau d’environ 10 � 13 % (contre 60 � 75 % pour les tubercules frais). Les co�ts de transport ramen�s � l’unit� de mati�re s�che sont par cons�quent r�duits.
* L'ensemble de ces caract�ristiques permet d'aboutir � un prix des cossettes au consommateur nettement inf�rieur � celui de l'igname fra�che � un m�me niveau de comparaison. Au B�nin, depuis la d�valuation du FCFA, les cossettes d'igname se situent ainsi � un prix interm�diaire entre celui du manioc ou du ma�s et celui du riz, du bl� ou des tubercules frais (cf. Tableau 1 et Tableau 2).

 

Tab. 2

Prix comparatifs des principaux aliments disponibles sur le march� de Cotonou (d�cembre 1994; source: Dumont & Vernier, 1997).


Nature du produit

Unit� de mesure

Valeur produit
(FCFA/kg)

Valeur aliment pr�par� (FCFA/kg)


Cossettes d'ignames "Kokoro"
Cossettes d'ignames "Kokoro"
Farine d'igname
Tubercules frais d'igname
Cossettes de manioc
Cossettes de manioc
Farine de manioc
Gari
Riz import�
Riz import�
Riz local

sac (� 108 kg)
cuvette (� 11 kg)
tongolo (� 0,8 kg)
tas (� 15 kg)
sac (� 60 kg)
cuvette (� 6 kg)
tongolo (� 0,95 kg)
tongolo (� 0,86 kg)
sac (50 kg)
tongolo (0,8 kg)
tongolo (0,8 kg)

126
205
309
88
61
82
132
150
220
410
340

33
53
79
80
17
23
39
40
73
175
142


 

* Enfin, l'int�r�t des cossettes r�side dans le fait qu'elles offrent des opportunit�s de nouvelles utilisations culinaires, par exemple par les possibilit�s de transformer la farine en granules ou de l'incorporer dans des produits amylac�s de type biscuit, farine infantile, boissons v�g�tales, etc. Certaines de ces transformations sont d�j� explor�es par de petites entreprises, notamment au B�nin (production de farine de cossettes tamis�e) et au Burkina (production de "couscous" d'igname).

La fili�re cossette appara�t donc, de plusieurs points de vue, tr�s int�ressante pour contribuer � la diversification de l'alimentation urbaine en valorisant une production locale et compte tenu de l'�volution des syst�mes de culture. C'est la raison pour laquelle a �t� entreprise une �tude sur cette fili�re afin notamment de pr�ciser les conditions de son d�veloppement dans d'autres pays producteurs d'igname o� l'approvisionnement des villes en igname se fait encore sous forme de tubercules frais.

M�thodologie de l'�tude de la fili�re cossettes
Une �tude de la fili�re cossettes a �t� initi�e en 1996 dans trois pays du Golfe de Guin�e (B�nin, Nigeria et Togo) dans le cadre du projet de "Valorisation de l’igname pour les march�s urbains" financ� par le Minist�re fran�ais de la Coop�ration. Ces pays ont �t� choisis car la production et le commerce des cossettes d’igname semblaient a priori y rev�tir une certaine ampleur.
Les r�sultats pr�sent�s dans le cadre de cet article concernent une enqu�te de consommation alimentaire r�alis�e dans les trois pays aupr�s des m�nag�res urbaines. Dans chaque pays, environ 200 personnes ont �t� interrog�es dans les grands centres urbains: Lom� au Togo, Cotonou au B�nin et cinq grandes villes du sud-ouest Nigeria (Lagos, Ibadan, Ife, Abeokuta et Ilorin). L’enqu�te a �t� r�alis�e en trois passages, mais le pr�sent article ne concerne que les donn�es encore partielles obtenues apr�s les deux premiers passages en avril-mai puis en septembre. Le dernier passage a �t� r�alis� en janvier 1997. La premi�re p�riode correspond � la fin de la forte disponibilit� de tubercules frais. La seconde, au contraire, se situe au moment de l’arriv�e des ignames nouvelles, et la troisi�me correspond � la mise sur le march� des ignames tardives ainsi qu’au d�but de la saison des cossettes nouvelles.

Principaux r�sultats
L’enqu�te s’est d'abord attach�e � comparer l'importance de la consommation d’amala avec celle des autres pr�parations � base d’igname (pil�e essentiellement) et des autres produits amylac�s. On rappellera que l’amala est, de loin, le principal aliment pr�par� avec la farine de cossettes.

L'importance relative de la consommation d'igname par rapport aux autres produits amylac�s
Le Tableau 3 indique l'importance relative de la fr�quence de consommation des principaux produits amylac�s. L'indice pr�sent� est calcul� par pond�ration des pourcentages de r�ponse � la question: "Parmi les aliments suivants, quels sont, par ordre d'importance d�croissante, les trois que vous avez consomm�s le plus la semaine pass�e?". Cet indice n'indique en rien les quantit�s consomm�es, mais permet seulement d'�tablir une hi�rarchie des aliments tenant compte de leur ordre de citation.

Tab. 3

Indices* de l'importance relative de la consommation des principaux produits amylac�s.


Togo

B�nin

Nigeria

date de l’enqu�te

05/96

10/96

05/96

10/96

05/96

10/96


Ma�s
Riz
Igname pil�e
Amala
Gari
Haricot
Pain
42
25
16
4
6

12
42
26
20
2
3

2
44
24
3
6
13
6
1
47
21
3
5
12
7
0
9
23
5
29
14
11
5
6
22
11
26
15
8
4

*

Les indices pond�r�s sont calcul�s au moyen de la formule:
[(%1er choix x 3)+(%2e choix x 2)+(%3e choix)]/6

A Cotonou et � Lom�, le ma�s est, de loin, l’amylac� le plus consomm�. Au cours de la semaine, les consommateurs alternent cependant cette base avec d’autres aliments: le riz et l’igname pil�e au Togo; le riz et le gari de manioc au B�nin. Dans ces deux pays, l’amala joue �galement un r�le de produit de diversification du r�gime amylac�, au m�me titre que le gari � Lom� et que le haricot � Cotonou.
Dans les villes du sud-ouest du Nigeria, la situation est diff�rente. Quatre aliments de base sont largement utilis�s au cours de la semaine: l’amala, qui repr�sente celui le plus fr�quemment consomm� (pr�s de 40% des consommateurs l’utilisent le plus fr�quemment), le riz, le gari et le haricot. L’igname pil�e ou bouillie, pr�par�e � partir de tubercules frais, n’appara�t qu’au moment des r�coltes d’igname, lorsque le produit est abondant et les prix bas.

L’importance relative de la consommation d'amala par rapport � celle d’igname pil�e
Le Tableau 4 indique les r�ponses � la question: "Durant les 15 derniers jours, entre l'igname pil�e et l'amala, quel est le produit que vous avez le plus fr�quemment consomm�?".

Tab. 4

La pr�paration � base d'igname la plus fr�quemment consomm�e
(en % des r�ponses lors des deux premiers passages de l’enqu�te).


Lom�

Cotonou

Villes du s-o Nigeria

Passage

05/96

10/96

05/96

10/96

05/96

10/96


Amala
Igname pil�e
Les deux aussi souvent
Total
Effectif des r�pondants

9
85
6
100
141

6
90
4
100
143

87
10
3
100
105

65
33
2
100
82

88
6
6
100
174

72
18
10
100
194


A l’exception de Lom� o� la consommation de foutou est neuf fois plus fr�quente que celle d’amala, dans les deux autres pays c’est la situation inverse qui pr�domine. A Cotonou et dans les cinq villes du sud-ouest du Nigeria soumises � l'enqu�te, la consommation d’amala est largement dominante par rapport � celle de l’igname pil�e. Cela est particuli�rement vrai lors du premier passage de l’enqu�te au mois de mai, autrement dit au moment o� les tubercules frais deviennent rares et chers. Mais cela reste encore tr�s important en septembre, en pleine saison des ignames nouvelles qui sont les plus appr�ci�es pour la pr�paration du foutou.

Le Tableau 5 indique la fr�quence de consommation de l’amala enregistr�e pendant l’enqu�te.

Tab. 5

La fr�quence de consommation de l'amala (en % des r�ponses).


Lom�

Cotonou

Villes du s-o Nigeria

Passage

05/96

10/96

05/96

10/96

05/96

10/96


Quotidienne ou presque
Plusieurs fois/semaine
Occasionnellement
Jamais
TOTAL
Effectif des r�pondants

1,0
9,5
11,0
78,5
100
200

0,5
3,0
6,0
78,5
100
200

1,4
19,1
28,1
51,4
100
210

1,0
13,3
18,1
67,6
100
210

40,9
36,9
15,3
6,9
100
203

32,7
33,7
24,1
9,5
100
203


Dans les villes du sud-ouest du Nigeria, la consommation d’amala est tr�s fr�quente puisque selon la p�riode consid�r�e, 65 � 77 % des personnes interrog�es indiquent une consommation quotidienne ou tr�s fr�quente de cet aliment. A Cotonou, cette proportion est moindre mais r�v�le 14 � 21 % de consommateurs r�guliers. A l’inverse, les consommateurs r�guliers sont minoritaires � Lom�.
Le niveau de vie, estim� sur la base du type d’habitat, n’appara�t pas fortement d�terminant dans la consommation d’igname au Togo et au Nigeria. Au B�nin, la fr�quence de consommation d’igname pil�e et d’amala appara�t positivement li�e au niveau de vie.
On observe par contre de nettes diff�rences selon l’origine g�o-culturelle des consommateurs. Ceux provenant des zones de production de cossettes sont des consommateurs privil�gi�s d’amala. Mais il est int�ressant d’observer que, comme l’indique le Tableau 6, dans une ville comme Cotonou la consommation d'amala a largement d�bord� des populations d’origine yoruba qui en �taient au d�part les principales consommatrices.

Tab. 6

Fr�quence de consommation d’amala en fonction du groupe ethnique au B�nin (pour les deux passages de l'enqu�te en % des r�ponses).


Ethnie

Igname pil�e

Amala

(Effectif)

R�gulier

Occasion.
- jamais -

Total

R�gulier

Occasion.
- jamais -

Total


Fon (285)

7

93

100

16

84

100

Adja (75)

1

99

100

8

92

100

Yoruba (48)

27

73

100

38

62

100

Autres (10)

10

90

100

40

60

100


Ainsi, l'amala appara�t comme un vecteur de la consommation d'igname aupr�s de populations qui n'avaient pas l'habitude de consommer ce tubercule.

L’amala, un produit appr�ci� pour ses propres qualit�s

Les raisons �voqu�es pour expliquer la consommation d’amala sont indiqu�es dans le Tableau 7.

Tab. 7:

Raisons invoqu�es pour expliquer la consommation d'amala (pour les deux passages de l'enqu�te en % des r�ponses).


Raison �voqu�e

Lom�

Cotonou

Villes du s-o Nigeria


Me pla�t, a bon go�t

92

74

37

Bon pour la sant�

19

13

31

Facile � pr�parer

2

9

41

Se trouve facilement

1

1

34

Pas cher

1

2

23

Par habitude ou tradition

7

4

6

Autres

1

18*

4

Effectif des r�pondants

168

360

392


La somme des r�ponses est sup�rieure � 100 car plusieurs r�ponses �taient possibles;
* "autres" correspond ici � la r�ponse "pour varier par rapport � l'igname pil�e".

A Lom� o� la consommation d’amala reste secondaire loin derri�re l’igname pil�e, les premi�res raisons invoqu�es pour sa consommation sont ses qualit�s organoleptiques et, en particulier son go�t et ses vertus di�t�tiques. Cette appr�ciation se retrouve au B�nin, mais 18 % des consommateurs mettent en avant leur envie de diversit� par rapport � l’igname pil�e. Au Nigeria, les motivations sont plus vari�es. La facilit� de pr�paration, les qualit�s organoleptiques et di�t�tiques et la facilit� d’approvisionnement viennent en t�te. Le prix attractif est cit� par 23 % des personnes interrog�es. A noter que cette caract�ristique n'est que tr�s peu mentionn�e spontan�ment � Lom� et Cotonou.
Loin d’�tre un aliment de second choix sur lequel on se rabattrait faute de mieux, l'amala appara�t ainsi appr�ci� pour ses propres qualit�s. Ces donn�es sont confirm�es par l'analyse des r�ponses � la question: "Entre l'amala et l'igname pil�e, que pr�f�rez-vous?" En moyenne des deux passages de l'enqu�te, on constate que l'amala est pr�f�r� par 13 % des consommateurs � Lom�, 52 % � Cotonou et 48 % dans les villes du sud-ouest du Nigeria.
Globalement, ces r�sultats permettent d’avancer une interpr�tation sur le r�le de l’amala. Celui-ci appara�t diff�rent selon les pays.
A Lom�, l’amala reste encore relativement peu consomm� du fait d’un fort attachement des consommateurs � l’igname pil�e. Lorsque les tubercules frais sont moins disponibles et trop chers, les consommateurs se rabattent sur d’autres amylac�s.
A Cotonou, l’amala a r�ellement p�n�tr� les habitudes alimentaires citadines. Il permet, pour les amateurs d’igname, d’en consommer toute l’ann�e. Il devient, pour ceux qui consomment traditionnellement peu d’igname, un produit accessible de diversification.
Dans les villes du sud-ouest du Nigeria, l’amala est dominant, b�n�ficie d'une bonne image, mais appara�t plus fr�quemment utilis� que les pr�f�rences des consommateurs ne le laisseraient penser. L’igname pil�e est sans doute devenue difficilement accessible � une population urbaine fortement touch�e par la crise. Culturellement tr�s attach�s � l’igname, les Nig�rians utilisent les cossettes comme moyen de continuer � en consommer � d�faut de pouvoir pr�parer des tubercules frais devenus trop chers pour leur pouvoir d’achat.

Conclusion: des perspectives de d�veloppement
La fili�re cossette d’igname appara�t, de plusieurs points de vue, tr�s int�ressante pour contribuer � la diversification de l'alimentation urbaine en valorisant une production locale et pour adapter la culture de l’igname � l'�volution des syst�mes de culture vers la s�dentarisation. Les techniques de transformation actuelles sont ma�trisables par les petits agriculteurs et ne n�cessitent pas d’investissements importants.
Il reste que la performance de ce syst�me technique est encore limit�e par le travail d’�pluchage et les difficult�s de s�chage et de conservation des stocks. Des am�liorations simples issues d'exp�riences d'autres pays sur des produits diff�rents paraissent cependant possibles � mettre en œuvre et ce, malgr� le faible pouvoir d'investissement des producteurs ruraux. La m�canisation de la d�coupe des tubercules � l‘aide d’�minceuses utilis�es pour le manioc (Jeon et Halos, 1994) semble une voie prometteuse. En produisant des b�tonnets de moins d'un centim�tre de section, cet �quipement permettrait d'acc�l�rer le travail et permettrait de r�duire le temps de s�chage. De m�me l'optimisation du proc�d� combin� de pr�-cuisson en pr�sence d'antifongiques et d'insectifuges naturels et de s�chage solaire permettrait d'am�liorer la qualit� des produits. Les cons�quences de ces modifications technologiques sur la conservation et la qualit� finale de la farine sont en cours d’�valuation.
La diffusion de ce syst�me technique de transformation vers d'autres pays producteurs d’ignames qui ne le pratiquent pas permettrait de diminuer les contraintes d’une fili�re uniquement bas�e sur les tubercules frais. Pour r�ussir, ce transfert de technologie suppose cependant:

*

L'adaptation du produit au go�t des consommateurs locaux.

*

La v�rification de la comp�titivit� du produit par rapport aux autres amylac�s.

*

L'introduction, l� o� il manque, d'un nouveau mat�riel v�g�tal dans les syst�mes de culture.

Ces recherches-actions m�ritent d'�tre �tudi�es car elles s’inscrivent dans l’�volution tendancielle des fili�res d'approvisionnement vivrier des villes en Afrique.

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