LE DEVELOPPEMENT DES TRANSFORMATIONS POST-RECOLTE POUR L'APPROVISIONNEMENT DES MARCHES
URBAINS:
L'EXEMPLE DE LA FILIERE COSSETTE D'IGNAME EN AFRIQUE DE L'OUEST
P. VERNIER1, N. BRICAS2, E. ATEGBO3, J. HOUNHOUIGAN3,
K.E. NKPENU4 & G. ORKWOR5
| 1 | Unit� CIRAD-IITA de Coordination de la Recherche sur lIgname |
| 2 | CIRAD-SAR, Montpellier, France |
| 3 | Universit� Nationale du B�nin, Facult� des Sciences Agronomiques |
| 4 | Institut National des Cultures Vivri�res (INCV), Lom�, Togo |
| 5 | Institut de Recherche sur les Plantes � Racines et Tubercules (NRCRI), Umuahia, Nigeria |
Introduction
Ligname est un aliment tr�s appr�ci� en Afrique de lOuest mais sa consommation sous forme de tubercules frais pr�sente, pour les consommateurs urbains, de fortes contraintes. Celles-ci sont li�es aux caract�res saisonnier et p�rissable du produit qui rendent irr�guli�re sa disponibilit� sur les march�s urbains et qui en font un aliment souvent beaucoup plus cher que les autres produits amylac�s. Avec lurbanisation, on observe dans certains pays, le d�veloppement d'une fili�re originale de cossettes digname. Il s'agit d'un produit stabilis� obtenu � partir de petits tubercules pr�cuits et s�ch�s au soleil. Les cossettes se consomment principalement sous forme de p�te ("lamala" ou le "t�libo") pr�par�e � partir de la farine que lon en obtient. Pour mieux estimer l'importance et comprendre le fonctionnement de cette fili�re encore mal connue, une enqu�te de consommation sur les produits � base digname a �t� men�e en milieu urbain dans trois pays (B�nin, sud-ouest Nigeria, Togo). La situation est contrast�e selon les pays. Si, au Togo et au B�nin, la base alimentaire reste le ma�s, au B�nin, lamala semble avoir p�n�tr� les habitudes alimentaires comme produit de diversification plus consomm� que ligname fra�che. Dans la partie du Nigeria soumise � l'enqu�te, la consommation damala est dominante. Les consommateurs expliquent leur consommation de produits d�riv�s des cossettes par leur qualit� gustative, leur constante disponibilit� et leur facilit� de pr�paration. Le d�veloppement de cette fili�re dans dautres pays producteurs digname, moyennant les transferts de technologie appropri�s, permettrait de r�duire les contraintes li�es � une commercialisation uniquement bas�e sur les tubercules frais.
L'igname en Afrique de l'Ouest
L'urbanisation rapide de l'Afrique (pr�s de 7 % par an) peut
produire un effet d'entra�nement sur la production vivri�re des pays de ce continent �
une condition essentielle: celle d'un d�veloppement de syst�mes d'interm�diation
durables (commercialisation, transport, transformation) entre villes et campagnes. Ces
syst�mes doivent pouvoir � la fois fournir une garantie de d�bouch�s pour les
agriculteurs les incitant � accro�tre leur production, et �galement mettre � la
disposition permanente des consommateurs urbains des produits adapt�s � leurs styles
alimentaires et � leur budget.
En zone de savane soudanienne ainsi quen zone tropicale humide, l'igname en tant que
plante et produit alimentaire dispose d'un important potentiel pour relever ce d�fi. Il a
�t� d�montr� que cest une des cultures tropicales les plus efficaces tant en
termes calorique (de Vries et al, 1967) que prot�ique (Idusogie, 1971).
Pour lann�e 1995, la production africaine d'igname est estim�e � pr�s de
33 millions de tonnes par an, dont plus de 31 pour la seule Afrique de lOuest,
la majeure partie �tant fournie par le Nigeria (23 MT). La C�te d'Ivoire
(2,8 MT), le Ghana (2,2 MT), le B�nin (1,3 MT) et le Togo (375 000 T) sont �galement des
producteurs importants (FAO, 1996). Entre 1989-91 et 1995, la production du continent
aurait augment� de pr�s de 50%, toujours selon les statistiques de la FAO, ce qui
infirme limage que Coursey combattait d�j� (Coursey, 1981) dune production
� lavenir incertain, au mieux folklorique, handicap�e par ses co�ts de production
�lev�s et sa conservation difficile.
Dans cette r�gion, l'igname est une culture ancestrale � laquelle les paysans portent un
attachement particulier. Cette plante et ce produit ont en effet un r�le social et
culturel important qui a fait qualifier cette r�gion de civilisation africaine de
ligname (Mi�ge, 1957). L'igname joue �galement un r�le de s�curit� alimentaire
car cest une plante moins sensible aux al�as climatiques que les c�r�ales
cultivables dans les m�mes zones. Bien quoriginaire, pour Dioscorea
cayenensis-rotundata, du Golfe de Guin�e (Nigeria, B�nin) (Coursey, 1976), la
culture de ligname se d�veloppe aussi vers les zones tropicales humides de
lAfrique centrale. En Centrafrique (250 000 t), au Tchad (240 000 t), au Gabon (120
000 t) et au Za�re (315 000 t) (donn�es 1995), ligname est d�sormais pr�sente au
sein des syst�mes agricoles, soit en tant que sp�culation majeure, soit comme culture de
diversification.
La consommation d'igname est importante dans les zones de production o� elle peut fournir
une part importante des apports caloriques. Elle est �galement significative en milieu
urbain, malgr� la concurrence d'autres produits (manioc, ma�s, sorgho, riz, bl�). En
Afrique, l'igname continue en effet d'�tre particuli�rement appr�ci�e par les citadins
et conserve un prestige certain. Elle participe � la diversification de l'alimentation,
tendance lourde de l'�volution des styles de consommation urbains (Bricas, 1993),
notamment pour les populations non originaires des zones traditionnelles de production. En
Afrique de lOuest, sa commercialisation se d�veloppe hors des pays de production
vers les villes du Sahel (Bamako, Ouagadougou, Niamey) o� l'on observe des arrivages en
provenance des pays c�tiers et o� la consommation s'introduit par le biais de la petite
restauration populaire.
Les cossettes digname
Bien que ligname soit en majeure partie consomm�e sous forme de
tubercules frais, il existait depuis longtemps, dans toute la zone de production d'igname,
une pratique de transformation des tubercules en cossettes � usage domestique. Les
paysans stabilisaient une partie de leur production, notamment les �carts de cuisine,
afin de constituer des stocks pour les p�riodes de soudure. Cette technique consiste �
�plucher les tubercules, les pr�cuire � l'eau contenant des substances naturelles qui
jouent par la suite le r�le d'antifongiques et d'insectifuges, puis les s�cher au
soleil, de pr�f�rence en p�riode dharmattan. La pr�cuisson nest pas
syst�matique, en particulier au Nigeria (Ezeh, 1992). Dans ce cas, la possibilit� de
conservation est limit�e � quelques semaines alors qu'elle peut s'�tendre � plus d'un
an lorsque les tubercules ont �t� pr�cuits avant s�chage. C'est essentiellement sous
cette forme de tubercules s�ch�s, entiers mais de petite taille ou en morceaux, que
s'effectue la commercialisation vers les march�s urbains. Pour leur utilisation
culinaire, les cossettes sont r�duites en farine apr�s concassage. La farine sert �
fabriquer une p�te color�e � consistance �lastique, "l'amala" ou le
"t�libo", que les consommateurs distinguent du "foutou ou foufou",
l'igname pil�e pr�par�e � partir de tubercules frais. Des plats plus
�labor�s existent aussi comme le "wassa-wassa" connu dans toute la
sous-r�gion (granules de farine) ou le "tubaani" du Ghana en m�lange avec la
farine de haricot.
Le processus de pr�paration de lamala est d�taill� dans la figure 1.
| Fig. 1 | Proc�d� de transformation de l'igname en cossettes, farine et "amala" (dapr�s D�partement Nutrition et Sciences Agro-alimentaires - FSA-UNB). |
La transformation des ignames en cossettes est traditionnellement tr�s importante dans les r�gions de Ife, Ilesha et Ede � louest du Nigeria (Adisa, 1985; Ig�, 1981). Cependant il y a encore une vingtaine dann�es au Nigeria et au B�nin, les fili�res d'approvisionnement urbain en igname �taient largement domin�es par les flux de tubercules frais. Au Nigeria, les produits transform�s � base digname n�taient, il y a encore quelques ann�es, consid�r�s que comme des produits domestiques (Coursey, 1979). Au B�nin, il a fallu attendre la fin des ann�es 70 pour voir appara�tre les cossettes dans les statistiques agricoles (Dumont et Vernier, 1997).
Les handicaps de la fili�re igname fra�che
La commercialisation quasi exclusive sous forme de tubercules frais pr�vaut toujours dans les autres pays. Cette situation induit un certain nombre de facteurs d�favorables:
* |
Du fait des crit�res de qualit� des consommateurs pour les tubercules frais, les paysans privil�gient pour cette production, des vari�t�s � gros tubercules qui donnent la meilleure qualit� digname pil�e. La culture de ces vari�t�s, exigeantes en fertilit�, est inf�od�e � la pratique de d�friche-br�lis. Elle exige un important travail, notamment pour le buttage des plants qui doit permettre un bon grossissement du tubercule dans une terre meuble. Or, avec la pression fonci�re, les surfaces de for�ts tendent � se r�duire et les rotations culturales s'acc�l�rent. Dans ce contexte, l'accroissement de la production de ce type digname pour suivre la demande appara�t difficile � long terme. |
| * | A linverse du manioc, dont la r�colte est possible tout au long de lann�e, l'igname est une production saisonni�re qui se conserve difficilement au-del� de quelques semaines apr�s la r�colte. En l'absence de techniques de stabilisation, les pertes apr�s r�colte peuvent �tre importantes, notamment avec les vari�t�s les plus appr�ci�es (pourriture, germination). Ces pertes peuvent atteindre pr�s de 50% de la production en six mois (Coursey, 1967). |
| Fig. 2 | Evolution des prix de ligname selon le produit consid�r� sur le march� de Parakou (B�nin) (sources des donn�es ONASA). |
* |
Pour ces raisons, la disponibilit� de l'igname fra�che sur les march�s est saisonni�re et les prix au consommateur varient fortement durant lann�e. D'apr�s les donn�es de l'ONASA (Organisation Nationale pour la S�curit� Alimentaire) au B�nin (figure 2), on constate que les prix peuvent varier d'un facteur de 1 � 6 en cours d'ann�e. |
| * | Compte tenu de la forte teneur en eau des tubercules frais (60 � 75%), la commercialisation est handicap�e par un co�t de transport �lev�. |
| * | De l'ensemble de ces contraintes, il r�sulte pour le consommateur urbain un co�t moyen de l'igname fra�che relativement �lev� par rapport aux autres amylac�s. Les prix moyens annuels des produits amylac�s sur le principal march� de Cotonou (Dantokpa) et sur le march� de Parakou, en pleine zone de production d'igname, sont indiqu�s dans le Tableau 1. |
Tab. 1 |
Moyennes annuelles des prix au consommateur des principaux produits amylac�s (en FCFA/kg; Source: Nos calculs d'apr�s les donn�es mensuelles de l'ONASA). |
Cotonou Dantokpa |
Parakou |
||||||
1994 |
1995 |
1996 |
1994 |
1995 |
1996 |
||
| Ma�s Riz local Riz import� Farine de bl� Igname fra�che Igname �quiv. sec* Cossette igname Gari ordinaire Gari fin Cossette manioc |
86 196 243 212 87 220 92 121 |
106 236 277 252 86 219 120 154 |
141 325 316 330 101 256 158 199 |
67 213 226 218 58 148 112 122 155 60 |
87 248 279 262 65 166 116 135 173 64 |
139 288 334 340 84 212 140 173 215 95 |
* |
Le prix de l'igname �quivalent sec est calcul� pour un taux d'humidit� �quivalent � celui des cossettes d'igname (13 %) et compte tenu des pertes dues � l�pluchage (25%). |
Les avantages de la fili�re cossette
En comparaison avec la fili�re igname fra�che, la fili�re cossettes pr�sente a priori un certain nombre d'avantages:
* |
Les crit�res de qualit� des consommateurs pour les cossettes sont diff�rents de ceux pour les tubercules frais � piler. Ce sont les petits tubercules (300 � 400 g) qui sont recherch�s car plus faciles � s�cher et, par cons�quent, associ�s par le consommateur � une image de qualit�. De ce fait, les producteurs privil�gient pour la fabrication des cossettes les vari�t�s D. cayenensis rotundata � multiples petits tubercules, connues dans les trois pays sous le nom g�n�rique de "kokoro" (plus connues sous le nom dAlassora au Togo). Celles-ci apparaissent �galement moins exigeantes quant � la fertilit� du sol que les " vari�t�s � piler ", g�n�ralement pr�coces, et s'ins�rent plus facilement dans des syst�mes de culture stabilis�s. Les buttes n�cessaires � ces vari�t�s sont moins importantes, ce qui r�duit le travail agricole. De ce fait les vari�t�s "kokoro" apparaissent plus adapt�es que les vari�t�s classiques � l'�volution tendancielle, li�e � laugmentation d�mographique, des syst�mes de culture vers la s�dentarisation sous leffet de la croissance d�mographique. |
| * | La transformation en
cossettes permettant de stabiliser le produit, les pertes apr�s r�colte sont tr�s
largement r�duites. Les cossettes se conservent plus dun an et sont donc
disponibles sur les march�s urbains de fa�on r�guli�re. D'apr�s les donn�es de
l'ONASA, au B�nin, on constate que les prix ne varient que d'un facteur de 1 � 2 au
cours de l'ann�e (cf. Figure 2). Il subsiste cependant des difficult�s pour s�cher au soleil d'importantes quantit�s de tubercules, le s�chage ne seffectuant correctement que pendant les p�riodes dharmattan (faible humidit� relative de lair). |
| * | Ces difficult�s se traduisent par la production et la mise sur le march� de lots de tubercules parfois mal s�ch�s et noircis par les moisissures. Pendant le stockage les cossettes sont souvent attaqu�es par les insectes foreurs (Adisa, 1985) dont les d�g�ts deviennent importants apr�s quelques mois. Parmi les plus fr�quents on peut citer Sitophilus zeamais Motschulsky (Col: Curculionidae), Dinoderus ?oblongopunctatus Lesne et D. minutus Fabricius (Col: Bostrichidae), Palorus subdepressus Wollaston (Col: Bostrichidae) (G. Goergen cit� par Dumont, Vernier, 1997). |
| * | Les cossettes ont une teneur en eau denviron 10 � 13 % (contre 60 � 75 % pour les tubercules frais). Les co�ts de transport ramen�s � lunit� de mati�re s�che sont par cons�quent r�duits. |
| * | L'ensemble de ces caract�ristiques permet d'aboutir � un prix des cossettes au consommateur nettement inf�rieur � celui de l'igname fra�che � un m�me niveau de comparaison. Au B�nin, depuis la d�valuation du FCFA, les cossettes d'igname se situent ainsi � un prix interm�diaire entre celui du manioc ou du ma�s et celui du riz, du bl� ou des tubercules frais (cf. Tableau 1 et Tableau 2). |
Tab. 2 |
Prix comparatifs des principaux aliments disponibles sur le march� de Cotonou (d�cembre 1994; source: Dumont & Vernier, 1997). |
Nature du produit |
Unit� de mesure |
Valeur produit |
Valeur aliment pr�par� (FCFA/kg) |
| Cossettes d'ignames
"Kokoro" Cossettes d'ignames "Kokoro" Farine d'igname Tubercules frais d'igname Cossettes de manioc Cossettes de manioc Farine de manioc Gari Riz import� Riz import� Riz local |
sac
(� 108 kg) |
126 |
33 |
| * | Enfin, l'int�r�t des cossettes r�side dans le fait qu'elles offrent des opportunit�s de nouvelles utilisations culinaires, par exemple par les possibilit�s de transformer la farine en granules ou de l'incorporer dans des produits amylac�s de type biscuit, farine infantile, boissons v�g�tales, etc. Certaines de ces transformations sont d�j� explor�es par de petites entreprises, notamment au B�nin (production de farine de cossettes tamis�e) et au Burkina (production de "couscous" d'igname). |
M�thodologie de l'�tude de
la fili�re cossettes
Une �tude de la fili�re cossettes a �t� initi�e en 1996 dans trois pays du Golfe
de Guin�e (B�nin, Nigeria et Togo) dans le cadre du projet de "Valorisation de
ligname pour les march�s urbains" financ� par le Minist�re fran�ais de la
Coop�ration. Ces pays ont �t� choisis car la production et le commerce des cossettes
digname semblaient a priori y rev�tir une certaine ampleur.
Les r�sultats pr�sent�s dans le cadre de cet article concernent une enqu�te de
consommation alimentaire r�alis�e dans les trois pays aupr�s des m�nag�res urbaines.
Dans chaque pays, environ 200 personnes ont �t� interrog�es dans les grands centres
urbains: Lom� au Togo, Cotonou au B�nin et cinq grandes villes du sud-ouest Nigeria
(Lagos, Ibadan, Ife, Abeokuta et Ilorin). Lenqu�te a �t� r�alis�e en trois
passages, mais le pr�sent article ne concerne que les donn�es encore partielles obtenues
apr�s les deux premiers passages en avril-mai puis en septembre. Le dernier passage a
�t� r�alis� en janvier 1997. La premi�re p�riode correspond � la fin de la forte
disponibilit� de tubercules frais. La seconde, au contraire, se situe au moment de
larriv�e des ignames nouvelles, et la troisi�me correspond � la mise sur le
march� des ignames tardives ainsi quau d�but de la saison des cossettes nouvelles.
Principaux r�sultats
Lenqu�te sest d'abord attach�e � comparer l'importance de la
consommation damala avec celle des autres pr�parations � base digname
(pil�e essentiellement) et des autres produits amylac�s. On rappellera que lamala
est, de loin, le principal aliment pr�par� avec la farine de cossettes.
L'importance relative de la consommation d'igname
par rapport aux autres produits amylac�s
Le Tableau 3 indique l'importance relative de la fr�quence de consommation des
principaux produits amylac�s. L'indice pr�sent� est calcul� par pond�ration des
pourcentages de r�ponse � la question: "Parmi les aliments suivants, quels sont,
par ordre d'importance d�croissante, les trois que vous avez consomm�s le plus la
semaine pass�e?". Cet indice n'indique en rien les quantit�s consomm�es, mais
permet seulement d'�tablir une hi�rarchie des aliments tenant compte de leur ordre de
citation.
Tab. 3 |
Indices* de l'importance relative de la consommation des principaux produits amylac�s. |
Togo |
B�nin |
Nigeria |
||||
date de lenqu�te |
05/96 |
10/96 |
05/96 |
10/96 |
05/96 |
10/96 |
| Ma�s Riz Igname pil�e Amala Gari Haricot Pain |
42 25 16 4 6 12 |
42 26 20 2 3 2 |
44 24 3 6 13 6 1 |
47 21 3 5 12 7 0 |
9 23 5 29 14 11 5 |
6 22 11 26 15 8 4 |
* |
Les
indices pond�r�s sont calcul�s au moyen de la formule: |
A Cotonou et � Lom�, le ma�s
est, de loin, lamylac� le plus consomm�. Au cours de la semaine, les consommateurs
alternent cependant cette base avec dautres aliments: le riz et ligname pil�e
au Togo; le riz et le gari de manioc au B�nin. Dans ces deux pays, lamala joue
�galement un r�le de produit de diversification du r�gime amylac�, au m�me titre que
le gari � Lom� et que le haricot � Cotonou.
Dans les villes du sud-ouest du Nigeria, la situation est diff�rente. Quatre aliments de
base sont largement utilis�s au cours de la semaine: lamala, qui repr�sente celui
le plus fr�quemment consomm� (pr�s de 40% des consommateurs lutilisent le plus
fr�quemment), le riz, le gari et le haricot. Ligname pil�e ou bouillie, pr�par�e
� partir de tubercules frais, nappara�t quau moment des r�coltes
digname, lorsque le produit est abondant et les prix bas.
Limportance relative de la consommation
d'amala par rapport � celle digname pil�e
Le Tableau 4 indique les r�ponses � la question: "Durant les 15 derniers jours,
entre l'igname pil�e et l'amala, quel est le produit que vous avez le plus fr�quemment
consomm�?".
Tab. 4 |
La
pr�paration � base d'igname la plus fr�quemment consomm�e |
Lom� |
Cotonou |
Villes du s-o Nigeria |
||||
Passage |
05/96 |
10/96 |
05/96 |
10/96 |
05/96 |
10/96 |
| Amala Igname pil�e Les deux aussi souvent Total Effectif des r�pondants |
9 |
6 |
87 |
65 |
88 |
72 |
Le Tableau 5 indique la fr�quence de consommation de lamala enregistr�e pendant lenqu�te.
Tab. 5 |
La fr�quence de consommation de l'amala (en % des r�ponses). |
Lom� |
Cotonou |
Villes du s-o Nigeria |
|||||
Passage |
05/96 |
10/96 |
05/96 |
10/96 |
05/96 |
10/96 |
|
| Quotidienne
ou presque Plusieurs fois/semaine Occasionnellement Jamais TOTAL Effectif des r�pondants |
1,0 |
0,5 |
1,4 |
1,0 |
40,9 |
32,7 |
Tab. 6 |
Fr�quence de consommation damala en fonction du groupe ethnique au B�nin (pour les deux passages de l'enqu�te en % des r�ponses). |
Ethnie |
Igname pil�e |
Amala |
|||||
(Effectif) |
R�gulier |
Occasion.
|
Total |
R�gulier |
Occasion. |
Total |
|
Fon (285) |
7 |
93 |
100 |
16 |
84 |
100 |
Adja (75) |
1 |
99 |
100 |
8 |
92 |
100 |
Yoruba (48) |
27 |
73 |
100 |
38 |
62 |
100 |
Autres (10) |
10 |
90 |
100 |
40 |
60 |
100 |
Lamala, un produit appr�ci� pour ses propres qualit�s
Les raisons �voqu�es pour expliquer la consommation damala sont indiqu�es dans le Tableau 7.
Tab. 7: |
Raisons invoqu�es pour expliquer la consommation d'amala (pour les deux passages de l'enqu�te en % des r�ponses). |
Raison �voqu�e |
Lom� |
Cotonou |
Villes du s-o Nigeria |
Me pla�t, a bon go�t |
92 |
74 |
37 |
Bon pour la sant� |
19 |
13 |
31 |
Facile � pr�parer |
2 |
9 |
41 |
Se trouve facilement |
1 |
1 | 34 |
Pas cher |
1 |
2 |
23 |
Par habitude ou tradition |
7 |
4 |
6 |
Autres |
1 |
18* |
4 |
Effectif des r�pondants |
168 |
360 |
392 |
La somme des r�ponses est
sup�rieure � 100 car plusieurs r�ponses �taient possibles;
* "autres" correspond ici � la r�ponse "pour varier par rapport �
l'igname pil�e".
A Lom� o� la consommation
damala reste secondaire loin derri�re ligname pil�e, les premi�res raisons
invoqu�es pour sa consommation sont ses qualit�s organoleptiques et, en particulier son
go�t et ses vertus di�t�tiques. Cette appr�ciation se retrouve au B�nin, mais
18 % des consommateurs mettent en avant leur envie de diversit� par rapport �
ligname pil�e. Au Nigeria, les motivations sont plus vari�es. La facilit� de
pr�paration, les qualit�s organoleptiques et di�t�tiques et la facilit�
dapprovisionnement viennent en t�te. Le prix attractif est cit� par 23 % des
personnes interrog�es. A noter que cette caract�ristique n'est que tr�s peu mentionn�e
spontan�ment � Lom� et Cotonou.
Loin d�tre un aliment de second choix sur lequel on se rabattrait faute de mieux,
l'amala appara�t ainsi appr�ci� pour ses propres qualit�s. Ces donn�es sont
confirm�es par l'analyse des r�ponses � la question: "Entre l'amala et l'igname
pil�e, que pr�f�rez-vous?" En moyenne des deux passages de l'enqu�te, on constate
que l'amala est pr�f�r� par 13 % des consommateurs � Lom�, 52 % � Cotonou
et 48 % dans les villes du sud-ouest du Nigeria.
Globalement, ces r�sultats permettent davancer une interpr�tation sur le r�le de
lamala. Celui-ci appara�t diff�rent selon les pays.
A Lom�, lamala reste encore relativement peu consomm� du fait dun fort
attachement des consommateurs � ligname pil�e. Lorsque les tubercules frais sont
moins disponibles et trop chers, les consommateurs se rabattent sur dautres
amylac�s.
A Cotonou, lamala a r�ellement p�n�tr� les habitudes alimentaires citadines. Il
permet, pour les amateurs digname, den consommer toute lann�e. Il
devient, pour ceux qui consomment traditionnellement peu digname, un produit
accessible de diversification.
Dans les villes du sud-ouest du Nigeria, lamala est dominant, b�n�ficie d'une
bonne image, mais appara�t plus fr�quemment utilis� que les pr�f�rences des
consommateurs ne le laisseraient penser. Ligname pil�e est sans doute devenue
difficilement accessible � une population urbaine fortement touch�e par la crise.
Culturellement tr�s attach�s � ligname, les Nig�rians utilisent les cossettes
comme moyen de continuer � en consommer � d�faut de pouvoir pr�parer des tubercules
frais devenus trop chers pour leur pouvoir dachat.
Conclusion: des perspectives
de d�veloppement
La fili�re cossette digname appara�t, de plusieurs points de vue, tr�s
int�ressante pour contribuer � la diversification de l'alimentation urbaine en
valorisant une production locale et pour adapter la culture de ligname �
l'�volution des syst�mes de culture vers la s�dentarisation. Les techniques de
transformation actuelles sont ma�trisables par les petits agriculteurs et ne n�cessitent
pas dinvestissements importants.
Il reste que la performance de ce syst�me technique est encore limit�e par le travail
d�pluchage et les difficult�s de s�chage et de conservation des stocks. Des
am�liorations simples issues d'exp�riences d'autres pays sur des produits diff�rents
paraissent cependant possibles � mettre en uvre et ce, malgr� le faible pouvoir
d'investissement des producteurs ruraux. La m�canisation de la d�coupe des tubercules �
laide d�minceuses utilis�es pour le manioc (Jeon et Halos, 1994) semble une
voie prometteuse. En produisant des b�tonnets de moins d'un centim�tre de section, cet
�quipement permettrait d'acc�l�rer le travail et permettrait de r�duire le temps de
s�chage. De m�me l'optimisation du proc�d� combin� de pr�-cuisson en pr�sence
d'antifongiques et d'insectifuges naturels et de s�chage solaire permettrait d'am�liorer
la qualit� des produits. Les cons�quences de ces modifications technologiques sur la
conservation et la qualit� finale de la farine sont en cours d�valuation.
La diffusion de ce syst�me technique de transformation vers d'autres pays producteurs
dignames qui ne le pratiquent pas permettrait de diminuer les contraintes dune
fili�re uniquement bas�e sur les tubercules frais. Pour r�ussir, ce transfert de
technologie suppose cependant:
| * | L'adaptation du produit au go�t des consommateurs locaux. |
| * | La v�rification de la comp�titivit� du produit par rapport aux autres amylac�s. |
| * | L'introduction, l� o� il manque, d'un nouveau mat�riel v�g�tal dans les syst�mes de culture. |
Ces recherches-actions m�ritent d'�tre �tudi�es car elles sinscrivent dans l�volution tendancielle des fili�res d'approvisionnement vivrier des villes en Afrique.
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