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2. Quelques resultats en terme de conception et de diffusion de l'innovation

Table des mati�res - Pr�c�dente - Suivante

2.1 Les silos: une premi�re exp�rience de diffusion massive

En 1988, pour sa premi�re exp�rience post-r�colte dans la zone de San Dionisio, PRODESSA a centr� ses efforts sur la r�solution d'un probl�me ressenti comme prioritaire par les paysans: le stockage des grains dans l'exploitation REROLLE 1989). En effet, pour conserver une partie de la production, largement exc�dentaire, de ma�s et de haricot rouge, le producteur ne dispose en g�n�ral que de sacs de plastique qui offrent une protection insuffisante contre rongeurs et charan�ons. Les barrils de r�cup�ration, seule alternative technique largement connue et appr�ci�e, sont tr�s peu disponibles sur le march� et, de ce fait, chers. Fortement mobilis�s sur ce th�me, les leaders de plusieurs hameaux ont tent� de trouver une solution, mais l'appui de l'organisation paysanne UNAG et d'une ONG locale s'est sold� par un �chec: aucune de leurs propositions ne s'est av�r�e viable.

D�s lors, si le diagnostic initial et l'identification du probl�me ont �t� ais�s, c'est l'�tape de recherche des solutions possibles que ces ant�c�dents -v�cus comme n�gatifs, ont rendu difficiles: m�fiance � propos du s�rieux et de l'engagement de PRODESSA. Cependant, au cours de quelques r�unions au hameau de Susuli, �merge une autre solution technique: le silo de tale galvanis�e. La visite d'une d�l�gation chez un producteur qui en poss�de deux depuis quinze ans et en est tr�s satisfait permet de relancer la dynamique au sein du hameau; si le silo, comme r�ponse au probl�me de stockage, ne semble faire aucun doute, un nouvel �cueil se pr�sente aux paysans de Susuli pour sa fabrication. C'est un petit producteur d'un hameau voisin, ancien apprenti ferblantier qui, en proposant de faire l'essai de fabrication sur place, d�bloquera la situation. En parall�le et en accompagnement � ce processus de r�flexion sur la solution technique, se constitue un "comit� silo" qui regroupe les leaders et repr�sentants de coop�ratives mobilis�s sur le th�me, afin de mettre en oeuvre concr�tement la solution �labor�e: la fabrication locale des silos et leur distribution-vente aux paysans du hameau.

Apr�s avoir aid� � la gen�se de cette innovation, PRODESSA donne un appui qui permet au comit� "silo" d'acqu�rir les outils et le mat�riel n�cessaires. Environ deux mois apr�s le d�but de la discussion, l'atelier silos de Susuli d�marre; la technique de fabrication: tales d�coup�es, assembl�es et soud�es, est rapidement ma�tris�e par l'artisan et son apprenti.

Au rythme de un silo de capacit� 0,9 tonne fabriqu� par jour, l'atelier arrive ainsi � r�pondre � la demande des premiers adopteurs; six mois plus tard, cent silos ont d�j� �t� vendus � Susuli.

La communication � travers les r�seaux traditionnels, au cours de r�unions, d'assembl�es va permettre une diffusion rapide de l'innovation aux hameaux voisins, sans l'intervention de PRODESSA. Quand l'int�r�t suscit� par l'exp�rience est fort, une d�l�gation va rendre visite au comit� "silo" de Susuli; cet �change sur les aspects techniques et organisatifs, l'envoi ult�rieur de jeunes en apprentissage � l'atelier de Susuli sont les moteurs de la diffusion.

Celle-ci se fait d'abord dans trois hameaux l'ann�e suivante puis huit nouveaux ateliers sont cr��s en 1990; trois ans apr�s, environ 1500 silos ont �t� fabriqu�s et vendus. Les rencontres informelles, les visites de groupes paysans d'autres r�gions contribuent � la diffusion hors de la zone d'intervention de PRODESSA. La r�ussite sera variable selon les caract�ristiques des leaders et des r�seaux qu'ils touchent, le tissu organisatif de la r�gion concern�e, le contexte micro�conomique, etc.

Dans la zone de San Dionisio, le ph�nom�ne de diffusion arrive, apr�s quatre ans, � saturation: environ 65% des producteurs ont acquis un silo, certains deux ou trois. Par ailleurs, la politique d'ajustement structurel que m�ne le gouvernement a, peu � peu, chang� la probl�matique du stockage pour le petit producteur de produits vivriers; celui-ci n'a plus la capacit� �conomique de conserver plusieurs tonnes de grains � la ferme pour les revendre en p�riode de soudure � meilleur prix, et un silo lui suffit pour stocker le n�cessaire � la consommation familiale; se fait donc jour une demande d'innovation pour la commercialisation des grains.

2.2 L'�tude des pertes post-maturit� du ma�s au champ-les innovations propos�es

En parall�le avec l'action sur les silos, une r�flexion est men�e en 1988 entre paysans et membres de l'�quipe PRODESSA sur l'ensemble des activit�s post-r�colte pour les principales cultures vivri�res. Celle-ci met en �vidence que les pertes post-r�colte sont, dans le cas du ma�s, d'autant plus importantes que la r�colte a �t� effectu�e plus tard. De nombreux facteurs semblent jouer sur la pratique du producteur et sur le niveau des pertes. Une �tude est alors d�cid�e, afin de mieux cerner le probl�me: �valuation des pertes en grains au champ, � travers un suivi de parcelles en conditions r�elles de deux vari�t�s de mais offrant une protection de l'�pi par les spathes diff�rente, depuis la maturit� jusqu'� quatre mois apr�s; connaissance des pratiques et contraintes des producteurs par une enqu�te sur les syst�mes de production sur le m�me �chantillon d'exploitations r�parties dans deux hameaux pr�sentant des caract�ristiques climatiques et �conomiques diff�rentes (REROLLE 1989). Un des principaux r�sultats de l'�tude est de mettre en �vidence que les multiples contraintes au sein de l'exploitation (r�colte du haricot rouge prioris�e, r�colte du caf�, haricot cultiv� en d�rob� sous le mais, emp�chant le ramassage des �pis..) retardent d'autant plus la r�colte du mais que celle ci repr�sente un nombre de jours de travail important (240 kg/homme x jour pour l'effeuillage et 350 kg pour l'�grenage). De fait, elle s'effectue tard, en moyenne trois mois apr�s la maturit�, et les pertes au champ par attaque d'insectes peuvent s'�lever � 20-30% selon la vari�t�. La vari�t� offrant la meilleure protection a cependant l'inconv�nient d'�tre tr�s susceptible au spiroplasme, maladie virale du mais.

L'examen des courbes de s�chage des grains sur �pi et sur pied montre que l'�grenage, m�me manuel, peut �tre effectu� � environ 50 jours apr�s maturit� (humidit� de 17-18%) et suivi d'un s�chage avec la technique traditionnelle. Dans ce cas, les pertes par attaque d'insectes pourraient �tre r�duites � 5-10%, mais les possibilit�s d'effectuer une r�colte plus pr�coce sont variables selon les syst�mes de production.

Les producteurs ayant peu de terre (moins de 2 ha) cultivent le haricot en d�rob� sous le mais, et le r�coltent en priorit�, � cause des pertes possibles par d�hiscence des gousses; puis certains effectuent la r�colte du caf�, soit dans leur propre plantation, soit dans les grandes haciendas voisines, et ne r�colteront le mais qu'ensuite, i.e. environ 4 mois apr�s maturit�. Dans ce cas, les nombreux pics de travaux sur cette p�riode, et les contraintes dues au manque de terre n'offrent que peu de marges de manoeuvre: une alternative repr�sentant un changement technique important consisterait � un ramassage et �grenage m�canique pr�coce (moins d'un mois apr�s maturit�) et impliquerait donc un s�chage important (de 30% ci 13%); l'autre possibilit� est une r�colte environ 70 jours apr�s maturit�, avant celle du haricot, et qui simplifierait la question du s�chage.

Les producteurs, minoritaires, ayant moins de contraintes dues � la terre ont en g�n�ral quelques bovins qu'ils font paturer sur les restes de culture; cela les incite � r�colter plus t�t: environ 45 jours apr�s maturit� et faire un pr�stockage en grenier ou en crib. Quelques am�liorations sont possibles au niveau du crib (despathage pr�alable, autre traitement insecticide), mais aussi de l'�grenage (en g�n�ral tardif et sur un mais fortement attaqu�) par sa m�canisation suivie d'un stockage en silo.

La reprise de la reflexion avec les producteurs a pu, gr�ce aux r�sultats de cette �tude, d�boucher sur plusieurs propositions prenant en compte ces diff�rences de possibilit�es et contraintes selon les syst�mes de production. L'alternative que retiennent les producteurs est la suivante: m�canisation de l'effeuillage et de l'�grenage afin de permettre, en acc�l�rant les �tapes de traitements de la r�colte, un ramassage plus pr�coce du mais. A la diff�rence des �quipements disponibles localement, les paysans souhaitent que les op�rations soient s�par�es afin de pouvoir faire une s�lection des grains abim�s, une fois les �pis despath�s. Sont alors exp�riment�es une �greneuse et une effeuilleuse d�j� test�es en Afrique, suite � un contact avec le fabricant fran�ais. Si l'�greneuse donne rapidement satisfaction sur le plan technique, il n'en est pas de m�me pour la despatheuse: les vari�t�s de mais cultiv�es localement ont probablement des feuilles plus serr�es et �paisses que celles test�es en Afrique, et le taux d'effeuillage est bas (entre 50 et 70%). Des essais d'am�lioration des performances de la machine ont �t� men�s sans succ�s. Deux ans apr�s, deux groupements locaux se sont constitu�s pour la gestion des �greneuses qui pr�tent un service couvrant plusieurs hameaux. Le co�t assez �lev� de l'investissement (environ 25.000 FF) et, de ce fait, du service d'�granage limite la diffusion; les actions men�es pour la commercialisation (voir �2 4 ) devraient relancer la demande dans la mesure o� elles impliquent � la fois un meilleur prix et une contrainte de temps dans la livraison des grains.

2.3 L'unit� de d�cortiquage-polissage du riz de Susuli

Le d�veloppement de la culture du riz comme alternative � celle du mais, dont les marges d�gag�es commencent � baisser est �voqu� d�s mars 1989, lors de l'assembl�e annuelle paysanne d'�valuationprogrammation. Le riz est une culture traditionnelle qui est devenue marginale � San Dionisio et n'est plus sem� que sur de petites parcelles (1/10 ha). Avant de lancer une �ventuelle campagne de vulgarisation, I'�quipe de PRODESSA -propose aux leaders d'analyser les facteurs qui emp�chent son d�veloppement actuel. Une commission technique ad hoc est cr��e � cet effet; elle rassemble les producteurs � la recherche de culture alternative et certains qui cultivent encore le riz.

Le prix du riz au producteur est tr�s attractif et le reste toujours aujourd'hui, gr�ce aux structures particuli�res de sa production qui en font un grain relativement "prot�g�"; il est possible de d�gager une marge deux fois plus �lev�e que pour le mais. Les probl�mes rencontr�s par les producteurs sont plut�t d'ordre technique: le riz peut se vendre � un bon prix sur le march� � condition d'�tre d�cortiqu�, or la technique traditionnelle du pilon a une productivit� extr�mement faible: il faudrait consacrer environ 300 jours de travail pour transformer la production d'un hectare. Ceci explique pourquoi les paysans se limitent � en cultiver pour la consommation familiale; il existe bien des unit�s industrielles, mais elles se trouvent � plus de 60 km et le co�t de transport est �lev�.

Les paysans �voquent �galement les caract�ristiques aujourd'hui inadapt�es des vari�t�s locales de riz: elles sont tardives, ce qui emp�che les petits producteurs de faire une autre culture apr�s la r�colte, alors que cela reste possible avec le ma�s (succession ma�s-haricot durant la saison des pluies); elles sont aussi peu productives, r�pondent peu � la fertilisation et ont tendance � la verse du fait de leur haute taille. Le contr�le difficile des adventices avec les techniques actuelles est �galement �voqu�. PRODESSA propose alors de rechercher des alternatives techniques, les r�f�rences des paysans �tant tr�s limit�es dans ce domaine; un programme d'essai de d�cortiqueuses, de vari�t�s nouvelles et d'herbicides est accord� par la commission.

Deux types de d�cortiqueurs sont essay�s: I'un, manuel, � usage familial, et l'autre, motoris�, permettant de traiter la production du bassin-versant. Les essais sont effectu�s par les paysans eux-m�mes, avec le suivi d'un technicien de PRODESSA. Cinq machines manuelles sont ainsi remises � cinq producteurs et leurs voisins et le d�cortiqueur � moteur, de type Engelberg, est g�r� par un comit� au niveau d'un hameau, � titre exp�rimental.

Au bout d'un an, la commission informe l'assembl�e g�n�rale des r�sultats obtenus. C'est le d�cortiqueur Engelberg qui est retenu, car il est le seul � pouvoir permettre le traitement d'un volume suffisant de grains; la productivit� est pr�s de 200 fois sup�rieure � celle du pilon, alors que les petites d�cortiqueuses manuelles ne permettent qu'une augmentation d'un facteur 5, ce qui limiterait le d�veloppement de la culture � des fins commerciales. Par ailleurs, le rapport co�t-efficacit� est plus de trois fois sup�rieur pour le d�cortiqueur Engelberg.

Depuis, la machine a �t� vendue � cr�dit � un groupement de base du hameau central de Susuli, qui vend �galement un service de d�cortiquage du caf�. Dans le m�me local, et utilisant le m�me moteur, un autre groupement vient de mettre en place un moulin � disque qui assure la pr�paration de la p�te � tortillas, la mouture du caf�, du ma�s grill�, etc.

Ces r�sultats combin�s � ceux des essais vari�taux (4 vari�t�s dont la semence est maintenant produite localement) et de contr�le des mauvaises herbes (propanil + 2-4 D) ont permis le d�veloppement du riz. Pour 1993, entre 80 et 100 hectares devraient �tre cultiv�s en riz commercial, sans compter les nombreuses petites parcelles de 1/10 � 1/5 d'hectare qui se sont multipli�es pour garantir la consommation locale.

2.4 Le "Banco de Granos": la premi�re coop�rative de service du bassin-versant

Lors de l'assembl�e annuelle paysanne d'�valuationprogrammation d'avril 1991, le probl�me de la chute des marges obtenues avec les cultures du mais et du haricot est au centre des d�bats. Cette chute est d'abord due � la baisse d'environ 50% du prix des grains depuis 2-3 ans: production �lev�e et plus de r�gulation de l'offre par un organisme stockeur; mais y contribuent aussi la diminution des rendements et l'augmentation consid�rable des frais de production (taux d'int�r�t du cr�dit �lev�, intrants plus chers, etc). La nouvelle situation de paix qui permet la remise en culture des terres du centre du pays et la politique d'ajustement structurel mise en place depuis 1988 en sont les principales causes.

Les producteurs se plaignent avant tout des prix et proposent de rechercher d'abord une alternative � ce niveau. La reflexion men�e avec l'�quipe du PRODESSA leur confirme cette possibilit�. Les prix des grains ont en effet fortement chut� � la r�colte, mais restent tr�s int�ressants au moment de la soudure, c'est � dire entre mai et ao�t (de 3 � 4 fois sup�rieurs). Une commission technique compos�e des principaux leaders de l'ensemble des hameaux du bassin-versant est �lue; elle aura pour tache d'analyser plus � fond la probl�matique et d'envisager des solutions adapt�es.

Au moment de la r�colte, l'offre d�passe tr�s largement la demande, d'o� chute des prix; les petits producteurs sont contraints de vendre � ce moment du fait surtout de leurs besoins de liquidit�s pour rembourser les pr�ts bancaires et acqu�rir les quelques biens de consommation essentiels, mais aussi du fait d'un manque de moyens de stockage.

Certains, les plus ais�s, proposent de r�soudre le probl�me du stockage en d�veloppant le programme silo pour permettre aux producteurs d'en acqu�rir un plus grand nombre; cette solution serait facile � mettre en oeuvre puisque les ateliers de fabrication de silos existent, ainsi que l'organisation permettant leur distribution, mais elle ne satisferait gu�re plus de 15% des familles. Pour la majorit�, l'alternative � rechercher doit absolument prendre en compte les besoins de liquidit� au sein de l'exploitation au moment de la r�colte. L'�quipe technique propose de pr�senter quelques alternatives mises en oeuvre ailleurs: coop�ratives de grains, cr�dit,... Ces nouvelles r�f�rences permettent de relancer la r�flexion. L'id�e de la cr�ation d'une structure de commercialisation, le "banco de granos", au terme de pr�s de deux mois de discussion en commission, est retenue. Les leaders pr�f�rent cette alternative � celle d'un cr�dit de soudure qu'ils consid�rent trop difficile � g�rer et risqu�e (remboursement trop al�atoire). Le Banco de Granos' ach�tera les grains � ses membres � la r�colte au prix du march� et en assurera le stockage, ainsi que la revente en gros au moment de la soudure. Une ristourne sera alors vers�e � chacun en fonction de la quantit� entrepos�e, et du prix obtenu.

La solution d'un stockage centralis� est adopt�e; certains leaders proposaient d'utiliser des silos de 1,5 tonne fabriqu�s localement pour stocker les grains au niveau de chaque communaut�, soit directement chez le producteur, soit dans un petit entrep�t. Cette id�e est abandonn�e, car cela rendrait tr�s difficiles le contr�le de qualit� des grains et la vente rapide, ou bien entrainerait des co�ts de gestion �lev�s.

Dans un premier temps, la commission d�cide d'amm�nager un local permettant l'entreposage en sacs d'environ 600 tonnes de mais et de haricot, de fa�on � pouvoir offrir un service � un minimum de 400 producteurs des 18 hameaux du bassin-versant. Le dimensionnement tient compte de plusieurs facteurs: la capacit� d'organisation et de gestion que les paysans consid�rent avoir ou pouvoir acqu�rir, le risque, m�me s'il est tr�s faible, que repr�sente l'alternative envisag�e, la capacit� financi�re que doit avoir l'entreprise qu'ils veulent fonder et qui d�pendra dans un premier temps presque exclusivement de pr�ts ext�rieurs, et enfin l'opportunit� de trouver un local existant.

Au fur et � mesure que la commission, appuy�e par les techniciens, �labore son projet, une organisation paysanne sp�cifique se met en place. Pour garantir un service � des producteurs dispers�s dans 18 hameaux, une structure nouvelle est n�cessaire qui assurera: information, approvisionnement en grains de la coop�rative � temps et � moindre co�t, qualit� des grains, gestion des stocks, prise des d�cisions rapide concernant la vente, distribution des ristournes, etc.

Le "Banco de Granos" de fait devient une coop�rative m�me si ses membres ne lui donnent jamais ce nom. Son organisation repose sur l'existence de nombreux groupements de base au sein de chaque hameau: pr�coop�ratives ou ex-pr�coop�ratives promues par l'�tat sandiniste, comit�s de gestion de l'eau, comit�s de parents d'�l�ves, et des r�seaux traditionnels bas�s sur des liens de parent�, de voisinage, ou d'amiti�. Le "Banco de Granos" ne peut se mettre en place que si une organisation f�d�rant ces micro-structures tr�s localis�es est cr��e (GERBOUIN 1992).

L'innovation est �galement sociale. A San Dionisio, c'est la premi�re fois qu'�merge une organisation pens�e � la base pour r�soudre un probl�me dont les solutions doivent s'envisager au-del� des fronti�res des hameaux. C'est aussi la premi�re fois qu'un probl�me d'une telle envergure, qui semblait insoluble au niveau paysan, est affront� et qu'une alternative d'une telle dimension �conomique et sociale, g�r�e par les paysans, est envisag�e. Les premiers r�sultats vont entrainer toute une s�rie d'innovations, encore plus ambitieuses. D�s mai dernier, des commer�ants s'adressaient � la coop�rative pour acheter son grain � un prix plus de deux fois sup�rieur � celui de la r�colte, et les estimations les plus conservatrices permettent de pr�voir que celui ci atteindra un prix trois fois sup�rieur lors de la vente envisag�e en juillet prochain. Depuis, les demandes d'affiliation se sont multipli�es et le bureau de l'organisation envisage d�j� de construire un nouvel entrep�t pour augmenter la capacit� de stockage � 1200 tonnes, et offrir un service ainsi � plus de 600 membres en 92-93.

Le "Banco de Granos" est un succ�s qui a permis aux leaders de prendre conscience de leur capacit� � r�soudre des probl�mes difficiles et de la n�cessit� de cr�er une organisation paysanne forte, pour �tre mieux arm� dans un contexte difficile. En mars-avril dernier, l'assembl�e annuelle d'�valuation-programmation s'est vite transform�e en un v�ritable s�minaire de r�flexion portant cette fois sur la crise agricole dans son ensemble et sur les alternatives envisageables au niveau local. Une cinquantaine de dirigeants paysans des 18 hameaux ont ainsi, au cours d'une s�rie de s�ances de r�flexion d'environ 13 jours, �labor� un plan de d�veloppement � moyen et long terme pr�voyant notamment la cr�ation de nouveaux services coop�ratifs d'appui � la production et la commercialisation. D�s mai, le "Banco de Granos" a ainsi �t� sollicit� pour mettre en place un service d'achat group� et distribution d'intrants pour plus de 500 producteurs, ce qui leur a permis d'obtenir un rabais sur le prix d'en moyenne 20%. En moins d'une dizaine de jours, ces 500 producteurs ont ainsi acquis un total de 100 tonnes de fertilisants, 1800 litres d'herbicides, etc. qui ont �t� distribu�s au sein de chaque hameau, gr�ce aux groupements de base. Au mois de mai, une banque g�r�e par l'organisation paysanne, le 'Banco de Credito Campesino de San Dionisio" a �galement �t� cr��e et fonctionne sur le m�me principe, c'est � dire gr�ce � la f�d�ration de structures de base. Pour la premi�re campagne, sur 587 demandes pr�selectionn�es, les comit�s de cr�dit des hameaux et le conseil d'administration en ont retenu seulement 410 selon des crit�res mat�riels et sociaux; la banque devrait g�rer en 1992 un montant total d'environ 1.700.000 FF en cr�dit. En 1993, la politique de cr�dit d�cid�e lors des sessions d'avril-mai pr�voit l'administration d'un fond d'environ 3.400.000 FF.

3. Innovation et adoption: les le�ons de l'experience de San Dionisio

Depuis 1987-88, comme en atteste le tableau pr�sentant les th�mes de recherche-action, de nombreuses innovations ont �t� concues et diffus�es � San Dionisio, sans que leur adoption ait pos� de gros probl�mes. De nombreux projets et institutions de recherche et d�veloppement travaillant au Nicaragua ayant pr�cis�ment rencontr� des difficult�s pour l'adoption des alternatives qu'ils proposaient, PRODESSA a �t� invit� � plusieurs reprises � pr�senter son exp�rience dans ce domaine .

3.1 Des innovations qui r�pondent � des probl�mes importants pour les producteurs

Les innovations qui ont �t� plus ou moins rapidement mises au point font toujours suite � une phase d'identification, de hi�rarchisation et d'analyse de probl�mes qui concernent la gestion de l'exploitation agricole dans un contexte �conomique et social donn�. Cette phase de diagnostic peut �tre plus ou moins longue et le r�le des acteurs impliqu�s varie selon les cas.

Lorsque le probl�me est aigu et ses causes relativement faciles � identifier et analyser, le diagnostic peut �tre court II n'aura pas fallu plus de quelques heures de r�flexion avec les producteurs pour analyser le probl�me du stockage familial des grains en 88 et d�boucher sur l'alternative "silo�. L'�tude des pertes au champ en ma�s aura par contre n�cessit� de nombreuses sessions avec les producteurs et un long travail de suivi de parcelles et enqu�tes sur la gestion du sol et du travail sur l'exploitation, men� par l'�quipe PRODESSA, pour en conna�tre les causes et commencer � envisager des solutions techniques adapt�es.

3.2 Des innovations �labor�es avec les producteurs dans leur milieu

La recherche d'alternatives est toujours un processus collectif (CERBOUIN 1991). Les leaders et innovateurs paysans sont ammen�s � r�fl�chir sur les solutions techniques et organisatives permettant de r�soudre au mieux le probl�me identifi�. Le r�le des techniciens du PRODESSA consiste � stimuler cette r�flexion et non pas � apporter de prime abord des solutions toutes faites. Les producteurs sont donc invit�s � faire appel � leurs r�f�rences locales ou celles qu'ils ont pu acqu�rir lors de voyages, d'�changes paysans, de s�minaires, etc. Il avait par exemple d�j� quelques silos m�talliques dans certaines exploitations du bassin-versant, et des vari�t�s de riz int�ressants ont �t� d�couvertes lors de visites de producteurs d'une r�gion voisine. Parfois, les r�f�rences sont insuffisantes, comme nous l'avons vu dans les trois autres cas; les techniciens recherchent alors des r�f�rences nationales ou �trang�res qui pourraient �tre adapt�es au contexte de San Dionisio, et en font part aux producteurs; chacune est ensuite analys�e selon les crit�res des paysans et des techniciens. La ou les solutions retenues sont alors test�es, soit par des individus, soit par des groupements, en fonction de crit�res bio physiques et/ou socio-�conomiques. Parfois, c'est la technique en elle-m�me qui est �valu�e comme ce fut le cas pour les machines de d�cortiquage-polissage du riz et les �greneuses et d�spatheuses; dans d'autres cas, c'est la capacit� d'un groupe � g�rer des moyens et vendre un service: fabriquer et distribuer des silos, n�gocier l'achat et distribuer des intrants, commercialiser des grains....

Cette �tape d'essai peut �tre plus ou moins longue, selon la complexit� du probl�me � r�soudre et l'existence de solutions plus ou moins connues et adapt�es aux conditions locales.

La g�n�se de l'innovation est donc tout d'abord l'affaire de la population locale. Celle-ci n'est pas "associ�e", elle est au centre de la r�flexion; c'est au d�but assez difficile car les paysans ont �t� habitu�s par les techniciens de l'�tat ou les ONG � ce qu'on pense � leur place et que les solutions viennent d'ailleurs. Apr�s cinq ans de recherche-action, ils ont appris � exprimer leur avis et � prendre en charge les projets qu'ils ont �labor�. La confiance en leur propre capacit� qu'ils ont acquise leur permet de s'attaquer � des probl�mes plus complexes, demandant des solutions plus difficiles � mettre en oeuvre: cr�dit, commercialisation, approvisionnement....

La relation avec les centres de recherche, les universit�s, d'autres projets, est absolument n�cessaire pour disposer de r�f�rences adapt�es aux probl�mes qui surgissent de la r�flexion. Ainsi, par exemple, les vari�t�s de riz diffus�es proviennent de l'IRAT, le "Banco de Granos" s'est inspir� des exp�riences fran�aise et africaines de commercialisation des grains. Ces relations permettent aussi � l'�quipe d'analyser et �valuer ses outils et m�thodes de travail: les contacts avec certaines �quipes de l'INRA nous ont permis, par exemple, d'affiner les outils de diagnostic de la culture du haricot

3.3 Un fort taux d'adoption

Pour qu'il y ait adoption, il faut qu'un certain nombre de facteur soient respect�s. L'innovation doit �tre techniquement, �conomiquement et socialement adapt�e. La d�spatheuse test�e dans un grand nombre d'exploitations a un rendement faible et les paysans ont demand� � PRODESSA de l'am�liorer avant de l'acqu�rir. Le d�veloppement du programme silos n'aurait pas permis de r�soudre le probl�me de commercialisation du ma�s et du haricot rencontr� par tous les petits producteurs: il fallait trouver une alternative qui tienne compte � la fois du probl�me de tr�sorerie et de stockage � la r�colte. Il a �t� possible de cr�er en 1991 le "Banco de Granos" et en 1992 la banque paysanne parce que l'organisation paysanne est plus forte et que ses dirigeants se sentent capables de g�rer de tels services.

Pour �tre rapidement adopt�e dans un contexte �conomique peu favorable par des paysans en situation assez pr�caire, l'innovation ne doit pas trop perturber le milieu, ne pas �tre trop complexe � mettre en oeuvre, ne pas entrainer trop de risques pour le producteur et signifier un rapport co�t-b�n�fice suffisament �lev�

(GENTIL 1984). Il n'y a pas de normes ni de "recettes� dans ce domaine et tout d�pend de facteurs �conomiques, sociaux et culturels (TARTANAC, TREILLON 1989). L'adoption de la culture du riz a �t� relativement lente en comparaison avec celle des silos, par exemple: l'�quipe a du r�pondre � un ensemble de probl�mes et faire la preuve que les risques de cette culture ne sont pas plus �lev�s que pour le ma�s tout en offrant une marge bien meilleure.

L'innovation doit �tre connue du producteur pour qu'il prenne �ventuellement la d�cision de l'adopter; la communication est donc un facteur important. A San Dionisio, elle est relativement bonne gr�ce � l'int�gration des leaders de tous les hameaux dans un processus de recherche-action et � leur appartenance � des groupements de base, des r�seaux traditionnels. D�s qu'une innovation a donn� des r�sultats, l'information circule tr�s vite sans que PRODESSA soit oblig� de concevoir des programmes de vulgarisation. Les essais en exploitation ou par des groupements en plusieurs endroits de la zone permettent aussi � un grand nombre de producteurs d'�valuer les solutions exp�riment�es selon leurs propres crit�res. Lorsque l'innovation est relativement complexe, ou qu'elle est tr�s novatrice et ne fait pas partie du "champ� culturel du producteur, certaines techniques de communication et certains supports sont utilis�s: assembl�es locales, bulletin de contact, fiches techniques.

L'adoption d�pend enfin des conditions mat�rielles dans lesquelles se trouve la famille paysanne: tous les facteurs ant�rieurs peuvent se trouver r�unis et l'adoption se limiter � quelques individus ais�s. L'adoption signifie la plupart du temps un investissement que le producteur doit �tre en mesure de r�aliser avec ses propres fonds ou en recourant � des pr�ts. Cet aspect est toujours analys� avec les producteurs lors de l'�valuation des r�sultats de l'exp�rimentation. Jusqu'en 1991, PRODESSA a accord� des cr�dits lorsque cela �tait absolument n�cessaire. Depuis, la banque paysanne s'est cr��e et a d�cid� d'une politique de cr�dit qui permette l'adoption de toutes les innovations consid�r�es valables par ses membres.

Bibliographie

Belloncle C. 1985 - Comment associer les producteurs: pour une approche participative de la recherche et de la vulgarisation- communication au colloque "La recherche agronomique et la vulgarisation agricole", Yamousoukro. Billaz R., Dufumier M., 1980 - Recherche et d�veloppement en agriculture- Paris. Puf.

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Tartanac F., Trelllon R., 1989 - La cause de l'innovation- Action th�matique programm�e, ENSIA CEEMAT.


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