Table des mati�res
- Pr�c�dente - Suivante
Dans les pr�c�dents chapitres, on a surtout �tudi� la commercialisation de produits sp�cifiques, mais l'am�lioration peut aussi porter sur les march�s et les entreprises qui manutentionnent des produits de diff�rente nature. Un premier moyen pour cela consiste a promouvoir le d�veloppement de march�s ou est group�e la production et ou les acheteurs trouvent ce qu'ils souhaitent. Un deuxieme moyen consiste a rechercher la fa�on d'aider les entreprises directement responsables du groupage, de l'entreposage ainsi que de la distribution des denr�es alimentaires et agricoles. Le pr�sent chapitre traite des programmes d'am�lioration destin�s aux march�s ruraux de groupage, de gros, et aux diverses entreprises de commercialisation, que ce soit au niveau individuel, familial ou de la soci�t� �tatique.
Ils ont pour r�le de rassembler les productions relativement modestes que peuvent �couler a tel ou tel moment bon nombre de petits exploitants. Le march� attire les commer�ants, car il leur offre de grandes quantit�s de marchandises et leur �vite par cons�quent d'avoir a localiser les agriculteurs et a aller jusqu'a eux. Gr�ce a ce gain de temps et parce qu'ils ont plus de chance de trouver des acheteurs sur le march�, les exploitants, de leur c�t�, obtiennent de meilleurs prix.
Dans beaucoup de pays d'Afrique et d'Asie, les march�s ruraux occupent une grande place. En Inde, on d�nombre environ 22 000 march�s primaires r�guliers et 4 500 march�s ruraux de groupage r�glement�s, qui desservent quelque 60 millions de familles agricoles. Le Ghana compte un millier de march�s sur chacun desquels operent une cinquantaine de vendeurs au moins. Leurs jours d'ouverture figurent au calendrier. Rares sont les pays qui, comme l'Indon�sie et la Malaisie, ont peu de march�s ruraux se tenant p�riodiquement et ou les agriculteurs vendent surtout a la ferme et sur le bord des routes.
Comme, pour de nombreux exploitants, la place du march� rural est le premier point de contact avec le circuit de commercialisation, leurs revenus et leur incitation a produire d�pendent directement de son efficience. Malgr� cela, la plupart des gouvernements ne pretent que peu d'attention aux problemes pratiques des march�s ruraux, et rares sont ceux qui ont des politiques bien arret�es pour leur d�veloppement.
Ces march�s ne perdent rien de leur importance meme lorsque les gouvernements cr�ent des organismes publics pour acheter a des prix minimaux annonc�s au pr�alable ou pour fournir les intrants. En effet, les agriculteurs ont quand meme besoin de d�bouch�s pour les produits qui ne b�n�ficient pas d'une telle protection. Souvent, les stations d'achat pratiquant des prix garantis sont hors de port�e de beaucoup de petits agriculteurs. Par ailleurs, le march� libre leur offre parfois des prix plus int�ressants que le minimum assur�, en raison soit de la demande au d�tail dans le voisinage imm�diat, soit de la pr�f�rence du consommateur pour des qualit�s ou types donn�s. Il y a aussi des �poques pendant lesquelles les prix globaux du march� libre sont sup�rieurs au minimum garanti par le gouvernement. De fait, il est avantageux que les points de vente et d'achat officiels de produits a prix r�glement�s se situent sur ces march�s ou a proximit�, car, les agriculteurs devant souvent se rendre dans les uns comme dans les autres, ils le feront d'autant plus ais�ment et fr�quemment s'ils sont rapproch�s. Des l'instant ou ils peuvent choisir entre les deux, ils risquent moins d'etre mal servis par l'un ou par l'autre.
Le tableau 8.1 montre comment 45 pour cent des petits exploitants k�nyens ont �coul� leur mais sur un march� rural malgr� les prix offerts par les agents de l'Office du mais. Seuls quelques producteurs passaient par les services d'un march� local pour vendre leur lait, lequel �tait ramass� sur le bord de la route ou emport� vers un centre de ramassage.
En g�n�ral, les march�s ruraux assurent les trois op�rations primaires de commercialisation, a savoir vente des produits locaux dans la r�gion, distribution des produits d'autres provenances et groupage des produits locaux destin�s a etre vendus dans d'autres r�gions. Plus le volume des ventes par exploitant s'accro�t, moins le march� primaire devient int�ressant; le commerce en dehors de ce dernier prend plus d'importance parce que le n�gociant peut acheter directement a la ferme en plus grosses quantit�s et a un moindre cout unitaire. Le march� n'en garde pas moins un r�le strat�gique en tant qu'indicateur de prix et pour cela re�oit souvent la visite des agriculteurs. L'am�lioration des march�s ruraux se traduit en avantages per�us imm�diatement par leurs multiples utilisateurs.
La plupart des march�s ruraux naissent spontan�ment aux endroits qui se pretent aux �changes locaux, notamment:
TABLEAU 8.1 Ventes de la part des petits exploitants par site au Kenya
A la ferme |
Au marche rural |
Au bord de la route |
A l'usine de transformation, au centre de ramassage du lait, etc. |
|
..........................en pourcentage du total......................... |
||||
| Mals | 26 |
45 |
8 |
21 |
| Feves | 22 |
57 |
11 |
10 |
| Mil chandelle et sorgho | 6 |
90 |
4 |
- |
| Canne a sucre | 39 |
55 |
3 |
3 |
| Pommes de terre | 47 |
51 |
2 |
- |
| Choux | 44 |
48 |
7 |
1 |
| Tomates | 5 |
86 |
8 |
1 |
| Bananes | 32 |
64 |
4 |
- |
| Poulets | 37 |
48 |
5 |
10 |
| Outs | 14 |
71 |
10 |
5 |
| Lait | 21 |
7 |
28 |
44 |
| Ovins | 49 |
50 |
- |
1 |
| Caprins | 39 |
61 |
- |
- |
| Bovins | 46 |
43 |
3 |
8 |
Source: Integrated Rural Survey, 1975.
Le plus souvent, on se rend aux march�s primaires a pied ou en char a boufs. Ces moyens de transport conviennent pour des distances allant jusqu'a 12 km. C'est donc ce rayon que doit avoir la zone de desserte des march�s, la distance maximale entre chacun d'eux devant etre d'environ 25 km. L'efficacit� d'un march� est li�e au volume de ses transactions. C'est pourquoi les foires et les march�s ruraux saisonniers se tiennent une fois par semaine ou par mois. Dans certaines parties du Togo ou, par tradition, la semaine est de six jours, c'est cet intervalle que l'on observe entre chaque march�. En R�publique de Cor�e, ils ont lieu tous les cinq ou dix jours. Les dates sont en g�n�ral arret�es de maniere que les march�s des alentours se tiennent a des jours diff�rents.
Criteres de bon fonctionnement des march�s ruraux de groupage:
Il ne faut pas laisser passer l'occasion qu'offre le march� de communiquer avec des populations rurales dispers�es.
Am�lioration des march�s ruraux. Leur plan, leur structure et leurs installations doivent r�pondre aux besoins des agriculteurs et des commer�ants qui les utilisent et varient selon les produits vendus et les pratiques locales.
Il faut avant tout disposer d'un espace libre, de pr�f�rence abrit� sous un toit, fait de mat�riaux locaux par exemple. En g�n�ral, commer�ants et agriculteursn�gociants n'ont besoin que d'une toiture rudimentaire de stands entierement ou partiellement ferm�s sur les c�t�s. Les grainetiers pr�ferent des locaux ferm�s car ils gardent g�n�ralement des stocks qui doivent etre a l'abri de la pluie. Les marchands de fruits et l�gumes se contentent souvent, pour leur part, d'un toit car ainsi leurs produits sont au frais, tout en �tant prot�g�s du soleil, ce qui est important. Pour les bouchers, il faut des locaux munis de protections contre les mouches, conform�ment aux reglements de la sant� publique (figure 8.1). On doit pr�voir de la place pour le chargement et le d�chargement des camions et pour les camionnettes �quip�es de comptoirs de vente. La ou un tres grand nombre d'agriculteurs viennent vendre leurs produits, des emplacements leur sont g�n�ralement r�serv�s, en face des stands permanents install�s sur un ou plusieurs c�t�s du march�. Dans les zones rurales, l'am�lioration du march� proprement dit est surtout fonction du revetement du sol, de l'am�nagement d'un systeme d'�gouts, de la fourniture d'eau potable et des installations sanitaires, ainsi que du bon entretien des voies d'acces aux stands. Les march�s sont parfois cl�tur�s pour faciliter la perception des redevances, mais cela entra�n� souvent des retards, congestionne les entr�es et les sorties et empeche l'agrandissement de la surface.
Les taxes destin�es a financer les services commerciaux sont pr�lev�es soit au titre de l'utilisation des emplacements ouverts ou couverts, soit en fonction de la valeur du produit vendu. En 1980, le march� d'Asesura, au Ghana, tirait 80 pour cent de ses recettes des taxes per�ues sur les produits et les utilisateurs du march�, 14 pour cent de la location d'�choppes couvertes et 6 pour cent des droits de stationnement des v�hicules. En Inde, les comit�s de march� taxent les stands de 5 a 30 cents par jour et pr�levent entre 0,5 et 3 pour cent de la valeur du produit vendu.
La gestion du march� est souvent c�d�e a bail a un particulier. A condition que le bail pr�cise bien les services a fournir, il est plus �conomique, pour les pouvoirs locaux, de proc�der ainsi que d'avoir leurs propres agents qui effectuent la collecte des taxes de maniere plus ou moins efficace. De telles dispositions incitent peu les administrateurs du march� a agir �nergiquement pour punir les abus, diffuser des informations et concourir au succes des transactions. C'est pour cette raison que le Gouvernement indien, avec sa loi sur les march�s r�glement�s, a ouvert la voie a une gestion assur�e par des comit�s de march� �lus compos�s de repr�sentants municipaux, de commer�ants et de producteurs. En R�publique de Cor�e, de nombreux march�s sont g�r�s par des coop�ratives.
Figure 8.1 Protection peu couteuse contre les mouches sur les march�s ruraux.
Les administrateurs sont charg�s essentiellement de maintenir le march� en bon �tat, d'attribuer les emplacements, de fournir des stands et autres installations lou�s par les habitu�s, de veiller a l'int�grit� des ventes et de diffuser des informations sur les prix ainsi que sur les politiques et reglements officiels pertinents.
March�s de producteurs au Br�sil. A la fin des ann�es 70, 20 march�s modeles de ce type ont �t� mis en place par la soci�t� �tatique br�silienne COBAL, afin de relier les agriculteurs op�rant dans des r�gions qui offraient peu de d�bouch�s a leurs produits au systeme de commercialisation. Ces march�s se caract�risaient par une plate-forme sur�lev�e a l'abri du soleil et des intemp�ries, et par un local clos a l'usage des services. On trouvera a la figure 8.2 un croquis de base se pretant a agrandissement en fonction du volume de transactions escompt�. Le plan est simple et offre de multiples possibilit�s d'am�nagement.
L'exp�rience br�silienne a fait ressortir un certain nombre de points dignes d'attention lors de la construction d'un march�:
Figure 8.2 Plans de march�s de gros.
Ces march�s se sont r�v�l�s de puissants auxiliaires du d�veloppement. Voies d'acces et communications ont �t� am�lior�es tandis que des succursales de banques, des institutions de cr�dit rural, des services de vulgarisation et des magasins d'approvisionnement en facteurs de production agricole ont �t� ouverts. Ces �conomies se sont r�percut�es sur les prix a la consommation.
Le programme br�silien ne s'est pas born� a allouer des fonds et a achever les ouvrages; il a aussi fourni des informations p�riodiques, fiables et a jour �manant des principaux d�bouch�s de la zone de production, permettant ainsi aux producteurs de discuter les prix avec les acheteurs et aux utilisateurs de b�n�ficier de prix plus int�ressants.
Les march�s de producteurs n'ont pas �t� domin�s, comme on l'avait craint, par des oligopoles de commer�ants et n'en ont donc pas souffert. Dans plusieurs cas, on a r�duit les activit�s interm�diaires et instaur� des circuits de commercialisation plus directs, reli�s par exemple a des cha�nes de supermarch�s. Un systeme d'offres r�gulieres en bonne et due forme a attir� des grossistes qui jusque-la avaient d�daign� ce secteur. Cependant, il faut, a tout moment, veiller a ce que le march� ne soit pas manipul� et chercher a s�duire de nouveaux acheteurs.
March�s r�glement�s en Inde. Il existe deux grands types de march�s ruraux en Inde, les march�s de village p�riodiques et les march�s de groupage plus fr�quents qui se tiennent dans les centres commerciaux ou a proximit� des gares ferroviaires. Dans les premiers, les petits exploitants vendent aux consommateurs du lieu et aux grossistes r�sidents ou itin�rants. Les seconds se caract�risent par la pr�sence d'un commissionnaire r�sident qui r�ceptionne la production, l'expose la vend contre commission. Vu le r�le important qu'ils jouent dans la commercialisation, ces march�s ont toujours �t� suivis de pres par le gouvernement. Des enquetes ayant �tal� au grand jour l'existence de taxes faisant double emploi et de pratiques commerciales abusives, il existe d�sormais dans la plupart des Etats des lois sur la commercialisation des produits agricoles. Elles assujettissent les transactions des commissionnaires a la surveillance d'un comit� de march� �lu et r�glementent les taxes de march�, de pes�e, de classement, etc.
Cette d�marche a eu un effet f�cheux, en ce sens qu'elle a abouti a la cristallisation d'un systeme particulier de commercialisation group�e, qui a frein� l'expansion de circuits plus directs avec les villes �loign�es. Ainsi des exploitants qui pourraient vendre leurs c�r�ales vivrieres directement a la Food Corporation of India (FCI) a un prix garanti, sont encore oblig�s de passer par un march� r�glement�, ou leur production est d�charg�e, vendue aux encheres par un commissionnaire et frapp�e de droits commerciaux. En la livrant directement a un d�p�t de la FCI, ils en obtiendraient le meme prix a un cout bien moindre. Les march�s de groupage sont devenus une source de recettes a laquelle s'accrochent les gouvernements des Etats.
L'�tude ci-apres d'un programme d'�dification d'un march� de groupage, financ� par un pret de la Banque mondiale, d�voile quelques-unes des distorsions que peut favoriser le financement d'un projet sur une grande �chelle. On a proc�d�, en l'occurrence, selon une m�thode st�r�otyp�e, en partant des normes minimales fix�es pour le terrain et les installations, sans se pr�occuper des diff�rences locales de type et de fr�quence des �changes pas plus que des pratiques de commercialisation. Souvent, les arrivages ont �t� grossierement surestim�s, d'ou l'acquisition de plus de terrain qu'il n'�tait possible d'en utiliser, et le rejet de certains emplacements plus appropri�s que ceux qui ont �t� retenus.
Les estimations des arrivages ont surtout servi a �valuer l'espace n�cessaire et les revenus �ventuels du march�, alors qu'en fait il aurait fallu les utiliser pour identifier et quantifier:
L'approche adopt�e a men� a un exces d'installations fixes. Ainsi, on n'a pas r�fl�chi au fait que, dans le cas des l�gumes, les plus gros arrivages se situent en saison fra�che et que, par cons�quent, une partie de cette production peut etre vendue en plein air tout comme d'ailleurs les c�r�ales, lesqueles, �tant livr�es en saison chaude, ne risquent pas d'etre endommag�es par le soleil. Des entrep�ts c�r�aliers d'une capacit� de 100 tonnes ont �t� mis a la disposition des agriculteurs pour qu'ils puissent stocker leur production en p�riode de prix tres bas. Il �tait pr�vu que des certificats d'entreposage leur seraient d�livr�s en guise de garantie pour obtenir des cr�dits. Dans la pratique cependant, les exploitants ne s'en sont pas servis. Cela d�note soit qu'on s'est tromp� en supposant que ces derniers appr�cieraient ce genre d'installations, soit que l'acces au cr�dit �tait trop complexe.
Les bureaux du comit� de march� �taient bien trop grands et les dortoirs destin�s aux agriculteurs n'ont pas �t� utilis�s. Au lieu de servir a la vente de c�r�ales, d'engrais, d'outils, etc., les magasins ont �t� lou�s a des d�taillants s'adonnant a tout autre type de commerces. Des abris contre le soleil et des abreuvoirs pour le b�tail auraient �t� pr�f�rables aux constructions �labor�es con�ues a son intention. L'emprunt contract� pour couvrir ces investissements devant etre rembours�, exploitants et commer�ants ont encouru des frais plus �lev�s qu'ils n'auraient du l'etre.
Il a donc express�ment �t� recommand�, pour l'�dification de tout march� futur, que: