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Valoriser le ma�s: quels march�s et quelles entreprises?

Les facteurs techniques des syst�mes de culture et de transformation du ma�s qui ont rendu possible sa diffusion en Afrique ont �t� mis en �vidence. La question centrale concerne les conditions d'utilisation de cette c�r�ale. Celle-ci a pu �tre cultiv�e et transform�e dans des zones diff�rentes, tant d'un point de vue agronomique que socio-culturel. Cela signifie que des utilisations � la fois compatibles avec les syst�mes de consommation existants et adapt�es aux nouveaux march�s qui se sont d�velopp�s ont pu �tre trouv�es. Dans une perspective d'accompagnement de cette dynamique de diffusion, il appara�t ainsi n�cessaire d'analyser les conditions d'utilisation du ma�s comme produit final. Cette question se pose en particulier dans le contexte d'urbanisation acc�l�r�e que connaissent les pays africains: quel r�le peut jouer le ma�s pour contribuer, directement ou indirectement, � nourrir la population citadine? L'analyse s'articule ainsi autour de trois th�mes. Comment, dans son processus de diffusion, le ma�s est-il utilis�?

Quelles sont les conditions d'une plus large utilisation de cette c�r�ale sur les diff�rents types de march�s?

Quels types d'entreprises de transformation peuvent contribuer � mieux valoriser le potentiel de ce produit en fonction de ses diff�rents d�bouch�s?

La diffusion du ma�s

Durant les vingt derni�res ann�es, la culture du ma�s a conquis de nouveaux espaces. Cette c�r�ale s'est diffus�e hors des pays o� elle repr�sentait un aliment traditionnel et hors des champs de case, o� elle �tait souvent cantonn�e.

Un produit d'autoconsommation

Cette expansion a �t� rendue possible par la compatibilit� de son utilisation dans les syst�mes de consommation ruraux. Comme les c�r�ales tels le sorgho ou le mil ou comme les tubercules, le ma�s peut �tre pr�par� sous forme d'une base amylac�e de plats largement divisibles, accompagn�e de sauces. Sa transformation est possible avec les outils utilis�s pour les autres c�r�ales et ne n�cessite pas de savoir-faire sp�cifique qui en limiterait l'utilisation.

Le ma�s pr�sente, de plus, l'avantage de pouvoir �tre r�colt� pr�cocement d�s le stade laiteux. Il constitue alors la premi�re c�r�ale disponible dans le calendrier agricole et permet de traverser la fin de la p�riode de soudure. Il permet aussi d'obtenir les premi�res rentr�es d'argent par la commercialisation d'�pis frais destin�s � �tre grill�s ou bouillis.

Aujourd'hui, l'autoconsommation repr�sente encore dans certaines r�gions (B�nin, nord du Cameroun [75 %] ouest du Burkina Faso) le principal d�bouch� de la production. Mais la diffusion de la culture du ma�s est li�e � la possibilit� pour les paysans de disposer de facteurs de production permettant de faire ressortir les potentialit�s de la plante. L'utilisation de semences s�lectionn�es, d'engrais, de produits phytosanitaires, d'outils m�canis�s pour la production, la r�colte ou la transformation n'est effective que dans les zones o� les paysans disposent de revenus mon�taires suffisants. Ceux-ci proviennent soit de la commercialisation d'exc�dents de ma�s, soit d'autres cultures de rente associ�es au ma�s, comme le coton. Ainsi l'on constate que l'expansion et/ou l'intensification de la culture du ma�s a �t� rendue possible par l'ouverture de nouveaux d�bouch�s.

Un produit de rente

L'urbanisation a notamment conduit au d�veloppement de nouveaux march�s: celui des c�r�ales pour la consommation humaine, o� le ma�s a pris, dans certains pays, une place importante; celui de la viande, en particulier de la volaille, et celui des œufs qui constituent, par le biais de nouvelles formes de production semi-industrielles, un d�bouch� sous forme de provende; celui de la bi�re enfin, o�, dans quelques pays, le ma�s local est utilis� dans les brasseries industrielles comme apport d'amidon.

La place qu'a pris le ma�s sur l� march� des produits amylac�s est cependant variable selon les pays. Cette c�r�ale ne r�pond, pas partout, en effet, au m�me type de besoins. Quelques exemples illustrent cette situation.

Au B�nin, o� il a �t� introduit d�s le XVIe si�cle, le ma�s est devenu la premi�re c�r�ale cultiv�e dans les zones centrale et m�ridionale. Le ma�s est consomm� sous des formes tr�s vari�es, ferment�es ou non ferment�es: �pis grill�s ou bouillis, p�tes (owo, akassa, lio, maw�, ablo), couscous, bouillies, beignets, g�teaux, etc. Une partie de la production de ma�s est aussi consacr�e � la fabrication de bi�re (chakpalo). NAGO et al. (1985) recensent ainsi une quarantaine de produits diff�rents � base de ma�s. Dans le sud du pays, le ma�s fournit plus de 50 % de l'apport calorique et l'essentiel de l'apport prot�ique. Les niveaux de consommation sont plus �lev�s � la campagne (220 � 380 g/habitant/jour) qu'en ville (190 g/habitant/jour). Le ma�s est une plante culturellement tr�s valoris�e.

Dans le nord du Cameroun, la diffusion du ma�s s'est acc�l�r�e depuis 1980. Cette production est aujourd'hui adopt�e par la quasi-totalit� des producteurs, � la fois comme produit d'autoconsommation et comme produit de rente, allant m�me, certaines ann�es, jusqu'� concurrencer le coton dans cette derni�re fonction.

S'il est devenu une c�r�ale alimentaire de base dans plusieurs r�gions (Ouest, Nord-Ouest, Adamaoua et Nord), ses formes de consommation sont peu vari�es: p�te, bouillie, bi�re et alcool, �pis grill�s ou bouillis. Le ma�s appara�t comme un produit de consommation �banal� qui n'est pas un �l�ment de valorisation symbolique ou sociale. Il est utilis� dans les m�mes pr�parations alimentaires que les c�r�ales traditionnelles mais n'appara�t pas dans les plats de f�te, sauf pour quelques groupes ethniques. D'apr�s l'enqu�te de consommation r�alis�e � Garoua (REQUIER- DESJARDINS, 1992), les pr�f�rences des consommateurs en mati�re de diversification alimentaire portent plut�t vers certaines vari�t�s de sorgho, les tubercules et le riz. Le ma�s int�resse les consommateurs par son prix car il s'agit d'une des sources de calories les moins ch�res.

En tant que produit de rente, le ma�s est surtout destin�, outre les march�s urbains, � une transformation industrielle pour la production de grits de brasserie.

En C�te-d'Ivoire, la culture du ma�s �tait principalement r�alis�e en zone de savane. Les productions �taient autoconsomm�es et la part de la production commercialis�e �tait faible. D'apr�s l'enqu�te budget-consommation de 1979, la consommation urbaine est tr�s inf�rieure � la consommation rurale (7,7 kg/habitan/an, contre 26 kg/habitant/an) bien que tr�s diff�renci�e selon les classes de revenus (7,8 kg pour le consommateur du quintile du revenu les plus �lev� contre 55 kg pour celui du quintile le plus bas).

Mais l'expansion ma�sicole a surtout �t� provoqu�e par le d�veloppement de l'�levage avicole et l'arr�t des importations de ma�s � partir de 1982.

Dans les pays du Sahel, la diffusion du ma�s comme culture de plein champ s'est surtout faite dans les zones de production de coton. Cette c�r�ale gagne progressivement une place dans les syst�mes d'autoconsommation rurale et cherche � p�n�trer les march�s urbains avec plus ou moins d'ampleur selon les pays. D'une fa�on g�n�rale, les utilisations sont peu vari�es, ce qui semble limiter la consommation de ce produit encore mal connu pour la diversit� de ses utilisations potentielles.

La valorisation du ma�s selon ses march�s

Le ma�s r�pond ainsi � une demande finale diversifi�e qui englobe la consommation humaine, l'alimentation animale et les usages industriels. Chacun de ces march�s se d�compose en segments homog�nes quant aux besoins � satisfaire et au type de client�le auxquel il correspond. Cette segmentation est variable selon les pays. L'offre de ma�s doit r�pondre aux exigences de quantit�, de qualit� et de prix de chacun de ces segments.

Le ma�s pour les consommateurs urbains

La place qu'occupe ou est susceptible d'occuper le ma�s sur les march�s urbains africains est tr�s variable selon les pays. Il est en effet n�cessaire de distinguer les pays � tradition ma�sicole ancienne des pays o� cette c�r�ale est d'introduction massive plus r�cente.

Dans les premiers, on constate une diversit� des formes de pr�paration et une sp�cification des produits en fonction de leur qualit�. L'offre en produits transform�s est de ce fait segment�e, souvent atomis�e; la connaissance des produits est fine, les exigences des consommateurs sont marqu�es. La diffusion de produits de type traditionnel, standardis�s, stabilis�s, d'une provenance ext�rieure � la sph�re domestique ou artisanale de proximit� est sans doute difficile, � moins d'un net d�marquage ou d'un prix tr�s sensiblement inf�rieur par rapport aux produits de r�f�rence.

Dans les seconds, le ma�s est moins connu, fait l'objet d'un moins grand nombre de pr�parations, celles-ci �tant souvent des adaptations de plats � base des c�r�ales plus traditionelles. Le ma�s s'est ainsi int�gr� tr�s facilement � certaines pratiques culinaires existantes telles que, selon les pays, les beignets, le couscous, les brisures et le t� de ma�s. Dans certains pays, les consommateurs ne savent pas toujours bien le pr�parer et recherchent de nouvelles utilisations.

Le marquage socio-culturel et les sp�cifications de qualit� apparaissent ainsi moindres que dans les pays traditionnellement consommateurs. Dans ce contexte, on peut �mettre l'hypoth�se qu'existe une plus grande marge de manœuvre pour la diffusion de produits standard.

QUELQUES QUESTIONS SUR LA PERCEPTION DU MA�S TRANSFORM� PAR LES UNIT�S SEMI-INDUSTRIELLES

La diffusion de farine de ma�s stabilis�e et ensach�e, produite dans des unit�s semi-industrielles, a rencontr� dans certains pays des difficult�s. La qualit� sup�rieure de ces produits, en particulier du point de vue sanitaire, par rapport � ceux vendus sur les march�s tient � leurs conditions de production et de conditionnement. Si l'on fait le parall�le avec ce qui a pu �tre observ� pour d'autres op�rations d'�industrialisation� de produits vivriers locaux en Afrique, on peut se poser les questions suivantes: Tous les consommateurs reconnaissent-ils facilement cette qualit� �industrielle�, et en particulier pour des produits traditionnels? Certains ne pr�f�rent-ils pas �faire plus confiance � la vendeuse qu'au sachet� ou encore �faire eux-m�mes�, � l'aide du moulin de quartier, que d'acheter � l'ext�rieur? A quel prix les consommateurs sont-ils pr�ts � payer le co�t d'une garantie industrielle de qualit�?

Il est � noter que, dans le cas de la diffusion des produits de mouture semi-industrielle du ma�s, les semoules semblent avoir souvent rencontr� plus de succ�s que la farine. Les raisons de cette diff�rence ne sont pas connues avec pr�cision, et l'on en est r�duit aux hypoth�ses: compte tenu du proc�d� utilis�, la farine serait d'une qualit� insuffisante pour ses utilisations classiques (p�te, bouillies)? La finesse de la farine rend plus difficile l'�valuation visuelle et tactile de sa qualit� organoleptique telle qu'elle est classiquement pratiqu�e par les m�nag�res.

D'une fa�on g�n�rale, la tendance de l'�volution de la consommation dans les villes africaines est � la recherche d'une diversification de l'alimentation. Celle-ci passe par l'alternance de produits et de plats au cours de la journ�e ou de la semaine, le d�veloppement de repas ou snacks pris hors du domicile, l'apparition de nouvelles pr�parations, etc. Dans ce contexte, le ma�s peut jouer un r�le important. Il est potentiellement, et d�j� effectivement dans certains pays, la base de produits et de plats tr�s vari�s. Une diffusion des savoir-faire des pays de tradition ma�sicole - B�nin, Ghana, Togo, C�te d'Ivoire pour l'Afrique de l'Ouest, mais aussi Mexique, pays d'Am�rique centrale et pays andins - pourrait permettre de diversifier l'offre des produits.

Derri�re ces questions se pose le probl�me du positionnement de produits destin�s � la consommation de masse urbaine par rapport aux aliments concurrents. Mis � part les tentatives d'industrialisation des produits traditionnels que nous venons d'�voquer, il faut citer les tentatives d'utilisation du ma�s dans le cadre des programmes �farines compos�es�. L'utilisation de cette c�r�ale a ainsi souvent �t� pr�conis�e pour se substituer au bl� ou au riz import�s, dont a consommation est croissante dans tous les pays, et tout particuli�rement en milieu urbain.

Beaucoup d'exp�riences ont, en effet, �t� men�es pour int�grer une part de ma�s dans la fabrication de pain de bl�. Les tests de consommation ont conclu � une bonne acceptabilit� de pains incorporant 10 � 15 % de farine de ma�s. Cependant, la plus forte complexit� technique et la non-r�duction des co�ts de production n'ont pas permis, en l'absence d'autres incitations, une diffusion de ces techniques et de ces produits.

Dans le m�me esprit, la recherche s'est orient�e vers la transformation de ma�s pour l'obtention de p�tes alimentaires ou de produits de forme similaire au riz: le �riz de ma�s�. Aucun de ces produits n'a d�bouch� sur une r�ussite commerciale. Les raisons de ces �checs sont de diverses natures. D'une part, il s'est r�v�l� difficile de maintenir une qualit� du produit fini comparable au produit de r�f�rence et les consommateurs ont g�n�ralement boud� ces produits; d'autre part, la complexit� des proc�d�s et des �quipements rendait n�cessaire le passage par une fili�re industrielle dont la rentabilit� �tait loin d'�tre garantie.

Le ma�s pour des utilisations industrielles

Les industries de transformation du ma�s, brasseries et provenderies principalement, ont plut�t tendance � s'approvisionner sur le march� international. Elles ont par ce biais acc�s � de gros volumes, livr�s sans les probl�mes et les al�as de la collecte locale, � des qualit�s homog�nes et, selon les cas, � des prix moindres que ceux du march� national. Ainsi, l'industrie de fabrication d'aliments du b�tail de C�te d'Ivoire n'a fait appel � la production nationale qu'� partir du moment (1982) o� le co�t du ma�s import� a �t� sensiblement sup�rieur � celui du ma�s local, en raison du rench�rissement du dollar, et o� les pouvoirs publics ont supprim� les autorisations d'importation. il faut par ailleurs noter que dans les �segments� de l'alimentation animale, le ma�s peut �tre plus facilement concurrenc� par d'autres sources amylac�es (c�r�ales, tubercules ou racines) que dans les segments de la consommation humaine o� des caract�ristiques pr�cises, propres � chaque mati�re amylac�e, sont reconnues et recherch�es pour des utilisations sp�cifiques et o� les facteurs culturels jouent un r�le essentiel dans le choix des produits alimentaires.

L'utilisation du ma�s dans les brasseries ou les provenderies est li�e � l'�volution des march�s de la bi�re, de la viande et des œufs M�me si le march� urbain constitue le principal d�bouch� pour ces produits, il reste li� � l'�volution du pouvoir d'achat des citadins. L'�lasticit� du revenu de ces produits est en g�n�ral �lev�e, et l'on constate, dans nombre de pays, une r�duction de la demande, li�e aux programmes d'ajustement structurels.

Conclusion

Si l'�volution des march�s urbains peut, en th�orie, contribuer � �largir les d�bouch�s pour le ma�s local, cela ne signifie pas que, en pratique, l'existence de besoins constitue une garantie de d�bouch�s pour les producteurs. En effet, pour que l'ajustement de l'offre et de la demande puisse se r�aliser, des r�seaux et des moyens de commercialisation doivent se mettre en place. Les r�gions � partir desquelles existent d�j� des courants d'�change et des infrastructures pour le transport se voient conf�rer un avantage comparatif certain. Ainsi, on a pu voir se d�velopper la culture du ma�s dans le sud-ouest de la C�te-d'Ivoire, plut�t qu'au nord, car les commer�ants dioulas, qui intervenaient d�j� sur le cacao, ont su capter ce march�. Densit� du r�seau routier, abondance des moyens de transport, proximit� d'Abidjan ont �t� autant d'atouts pour cette r�gion.

Les conditions d'une meilleure connexion entre la production locale et le march� ne se limitent pas aux infrastructures de liaison ville-campagne. Elles concernent aussi la structuration d'un tissu d'entreprises de transformation et leur environnement �conomique. Ainsi, par exemple, on constate que l'inadaptation du secteur bancaire aux besoins financiers des entreprises incite les industries de transformation � recourir aux importations et aux facilit�s bancaires qui y sont associ�es.

Les unit�s de transformation villageoises

Le d�veloppement nouveau de la production et de la consommation du ma�s, au S�n�gal, au Mali ou au Cameroun a b�n�fici� d'un effort de vulgarisation agricole et d'une implantation de plus en plus dense de moulins artisanaux de transformation primaire dans les zones rurales et dans les villes. En effet, la p�nibilit� du d�corticage et de la mouture du grain de ma�s est g�n�ralement cit�e comme l'une des contraintes majeures de son utilisation.

Le d�veloppement de la m�canisation de la mouture est ainsi le principal changement intervenu dans les syst�mes apr�s r�colte des c�r�ales depuis une trentaine d'ann�es. Ce d�veloppement, au d�part issu de l'initiative priv�e, a �t� encourag� par les organismes d'appui au d�veloppement et les ONG. Le taux d'�quipement est variable selon les pays et les r�gions. Ces �quipements sont achet�s et g�r�s dans des conditions tr�s diverses. Ils remplissent avant tout un r�le de service pour les besoins de l'autoconsommation. Dans certains cas, ils permettent la commercialisation de produits de premi�re ou de deuxi�me transformation, en particulier en ville.

Depuis quelques ann�es, des unit�s de transformation semi-industrielles (mini-minoteries) ont �t� induites par les organismes d'appui aupr�s d'associations villageoises (au S�n�gal oriental, dans le sud du Mali, par exemple) afin de valoriser par une premi�re transformation la production locale.

La rentabilit� de ces deux types d'unit�s d�pend beaucoup des march�s sur lesquels elles sont situ�es et de leur dynamisme interne. Elles peuvent �tre positionn�es sur des march�s concurrents, mais aussi en concurrence avec le secteur industriel de la meunerie.

Les moulins en prestation de services

L'installation de moulins dans les villages a �t� rarement envisag�e dans le cadre d'une politique c�r�ali�re. Les buts poursuivis concernaient plut�t l'all�gement du travail des femmes. Le besoin de rentabilit� est apparu par la suite, lorsque l'on a constat� que de nombreux moulins avaient cess� leur activit�. Au S�n�gal, on estime le nombre de moulins non fonctionnels � 2 000, soit un tiers du parc.

Certains moulins ont �t� install�s � l'initiative de personnes priv�es, � des fins commerciales, ou offerts aux communaut�s rurales ou � des habitants du village par des ressortissants fortun�s. D'autres ont �t� mis en place sous forme de moulins communautaires avec l'aide d'organismes d'appui (soci�t� cotonni�re, ONG...). Aussi les nouveaux promoteurs, priv�s ou non, sont-ils maintenant soucieux d'assurer une rentabilit� minimale qui permette le fonctionnement, l'entretien et le remplacement des �quipements v�tustes.

Ces moulins fonctionnent en prestation de services, c'est-�-dire que les m�nag�res apportent au moulin les grains de la r�colte familiale ou bien ceux qu'elles ont achet�s. Au S�n�gal, le prix du service est de 10 FCFA/kg pour les moulins communautaires villageois et de 25 FCFA/kg pour les moulins priv�s urbains.

La mouture en prestation de services se substitue � la mouture manuelle et r�pond au besoin de diminuer la p�nibilit� et le temps de travail des m�nag�res. Celles-ci gardent le contr�le du choix de la mati�re premi�re et du degr� de finesse du produit fini. De plus, la mouture est r�alis�e par voie humide, comme traditionnellement, et permet d'obtenir un produit tr�s proche, du point de vue de la texture et du go�t, des produits obtenus manuellement. La farine obtenue donne lieu � une fermentation rapide qui est appr�ci�e dans les pr�parations culinaires, mais elle ne peut se conserver au-del� d'un � deux jours.

Dans de nombreuses r�gions, la premi�re transformation du ma�s est r�duite � une mouture sans d�corticage, ce qui repr�sente un gain de temps et de p�nibilit�. La farine peut ensuite �tre nettoy�e par trempage et tamisage. On obtient ainsi un m�lange de farine, son et germe, riche en lipides, qui pr�sente l'inconv�nient de rancir apr�s un ou deux jours. Cette pratique ne peut donc correspondre qu'� une transformation en prestation de services. Le rendement de la mouture est variable selon le degr� de tamisage du produit.

Le d�corticage, quand il est effectu�, est r�alis� manuellement par la m�nag�re elle-m�me ou m�caniquement en prestation de services en particulier dans les villes et bourgs ruraux. A noter que contrairement aux autres pays, le S�n�gal et la Gambie n'ont qu'un parc tr�s limit� de d�cortiqueurs m�caniques.

La rentabilit� potentielle d'un moulin d�pend, d'une part, de la client�le, de ses habitudes alimentaires et culinaires, de ses disponibilit�s mon�taires, et aussi de la proximit� de moulins concurrents. Elle sera fonction, d'autre part, du co�t de l'investissement initial, des frais de fonctionnement et de maintenance, et du prix que les clientes acceptent de payer. Le seuil de rentabilit� cit� par de nombreuses �tudes en ce qui concerne les moulins communautaires est de 35 Van de c�r�ales. Ce seuil de rentabilit� relativement faible semble rarement atteint en milieu rural. Nombre de moulins ont en effet �t� install�s dans de petits villages o� la population n'est pas suffisante pour assurer leur rentabilit�.

Les mini-minoteries

L'implantation de mini-minoteries villageoises dans les zones cotonni�res du Mali et du S�n�gal visait � permettre aux producteurs ruraux d'acc�der aux march�s du ma�s transform� en conservant sa valeur ajout�e.

Les op�rateurs ont �t� choisis parmi les associations villageoises qui s'�taient montr�es dynamiques dans le cadre des autres interventions de la soci�t� cotonni�re et dont la localisation apparasait favorable du point de vue des infrastructures disponibles (routes, proximit� d'un march�, etc.).

LE MARCH�

Les produits transform�s obtenus sont des brisures, de la semoule, de la farine et du son. Ces produits sont connus soit parce qu'ils sont d'usage traditionnel, soit, comme au Mali, � la suite de la distribution de semoule de ma�s par l'aide alimentaire.

Les produits sont vendus en sacs de 50 kg ou en sachets d'environ 1 kg. Les brisures et la semoule sont utilis�es pour l'alimentation humaine, et le son pour l'alimentation animale. La farine conna�t des difficult�s d'�coulement, comme nous l'avons �voqu� pr�c�demment.

Les march�s cibles de ces produits ont souvent �t� peu clairement d�limit�s au d�part. Des �tudes de march� ont �t� men�es apr�s le lancement des produits afin de mieux d�finir une strat�gie commerciale. Diverses questions restent cependant pos�es pour pr�ciser le positionnement des produits, et on manque encore de donn�es fines pour caract�riser es consommateurs de ces produits et les formes de consommation.

Toutes les unit�s de transformation connaissent des probl�mes d'�coulement pour diverses raisons:

La commercialisation est assur�e avec l'appui des soci�t�s cotonni�res, directement ou � travers des organismes qu'elles soutiennent. L'efficacit� de cette organisation est amoindrie par le fait qu'elle joue sur une seule c�r�ale (le ma�s) et sur de tr�s faibles volumes.

Dans le cas du S�n�gal, les produits de meunerie sont vendus � prix fixes tout au long de l'ann�e, de 115 � 135 FCFA selon le degr� de finesse de la mouture. Compte tenu des variations du prix du ma�s tout au long de l'ann�e, les produits de minoteries deviennent tr�s comp�titifs en p�riode de soudure vis-�-vis de la fili�re artisanale.

Situ�es en zone rurale, les mini-minoteries sont, en principe, mieux � m�me de r�soudre leurs probl�mes d'approvisionnement. Mais leur �loignement des march�s urbains qu'elles visent rend l'action commerciale plus complexe. Atteindre ces march�s �loign�s et enregistrer leurs r�actions pour adapter les produits et les circuits commerciaux constituent pourtant des �l�ments clefs de la r�ussite de ces entreprises.

L'APPROVISIONNEMENT

Les associations villageoises g�rant les mini-minoteries ont souvent �t� tent�es de proposer au producteur un prix d'achat plus �lev� que le prix du march�. L'objectif �tait de garantir l'approvisionnement des minoteries. Cependant, cette pratique a conduit � augmenter le prix de revient du produit final sans pour autant fid�liser les fournisseurs au cours la p�riode o� les prix sont plus �lev�s. Cela r�v�le la difficult� pour les groupements de producteurs de g�rer la contradiction d'�tre � la fois vendeur et acheteur de mati�res premi�res. En tant que producteurs, les groupements ont int�r�t � ce que le prix de vente soit le plus �lev� possible; en tant que g�rants des unit�s, ils ont int�r�t � ce que le prix d'achat soit le plus bas possible.

Des contrats avec d'autres associations ont �t� pass�s avec garanties sur la r�colte de coton par l'interm�diaire de la Sodefitex au S�n�gal. Cependant, ces contrats sont difficiles � faire respecter. On constate un manque de ma�trise dans l'approvisionnement, aussi bien en quantit� qu'en qualit�. L'importance des poussi�res et des salet�s dans le grain livr� a oblig� les mini-minoteries �avoir recours � un pr�-nettoyage.

La variation des prix comme la saisonnalit� des quantit�s vendues obligent les minoteries � constituer un stock annuel qui co�te cher et se d�pr�cie.

LA TRANSFORMATION

Les mini-minoteries sont �quip�es d'un d�cortiqueur, d'un moulin et d'un tarare. Les sachets sont scell�s � l'aide d'une thermosoudeuse. Cette cha�ne de production n'�tait pas au point avant le projet, ce qui a conduit � utiliser des prototypes (S�n�gal) ou des �quipements h�t�rog�nes (Mali). Dans les deux projets, la maintenance est assur�e par les soci�t�s cotonni�res.

La reproductibilit� de ce type d'unit�s pose ainsi le probl�me de leur environnement technologique: disponibilit� locale d'�quipements �prouv�s, r�seaux acessibles de maintenance et de pi�ces d�tach�es, etc. L� encore, la situation rurale des mini-minoteries peut constituer une contrainte dans des pays o� l'environnement technologique reste plus favorable en milieu urbain. Cela dit, ces projets de mini-minoteries ont largement contribu� � l'optimisation des �quipements et proc�d�s, ce qui constitue un atout important. Quelques probl�mes techniques restent actuellement mal r�solus:

LE FINANCEMENT

L'�quipement des premi�res unit�s ainsi que la construction ou l'am�nagement des locaux ont �t� assur�s par les projets. Maintenant, les op�rateurs doivent prendre en charge la construction des b�timents. Il est difficile d'�valuer, dans ce contexte, a nature et le volume des investissements n�cessaires dans une perspective de diffusion des unit�s. L'investissement ne peut en effet se limiter � l'acquisition des �quipements et � la construction des locaux. Doivent �tre aussi pris en compte les co�ts relatifs aux �tudes pr�alables, � la mise en route des unit�s, aux op�rations de lancement commercial des produits, aux premiers suivis de march�s, etc. Autant d'investissements qui ont, jusqu'� pr�sent, �t� pris en charge par le financement d'accompagnement des projets. Certes, ces projets ont permis de pr�ciser les conditions de lancement de telles unit�s et constituent, l� encore, un acquis important.

La saisonnalit� de l'approvisionnement oblige les mini-minoteries � conserver un fond de roulement important et co�teux. Celui-ci peut repr�senter une masse financi�re presque �quivalente aux investissements en �quipements et b�timents.

Malgr� la taille r�duite des unit�s, les financements peuvent s'av�rer importants en regard des volumes financiers habituellement g�r�s par les associations villageoises. Cela suppose l'acquisition de comp�tences en comptabilit�-gestion, point sur lequel certains projets ont d'ailleurs centr� leurs efforts avec des outils de formation innovants et bien adapt�s � la situation des associations villageoises (outils Cigesco, par exemple).

L'ORGANISATION

L'int�gration des minoteries au sein des associations villageoises a, semble-t-il, eu tendance � diluer les responsabilit�s et � diminuer l'int�ressement des travailleurs et des producteurs de ma�s. La tendance est maintenant de confier ces unit�s � des groupements de producteurs, � taille plus r�duite, dont l'int�r�t des individus serait bas� sur la perspective d'un revenu suppl�mentaire.

Les mini-minoteries villageoises ont �t� cr��es � l'initiative des soci�t�s cotonni�res et restent tr�s d�pendantes d'elles pour la commercialisation, l'approvisionnement, la maintenance et le financement de la campagne. Dans le cadre des r�flexions qui s'engagent sur la reproductibilit� de ces unit�s dans d'autres contextes institutionnels, la comparaison avec d'autres mini-minoteries priv�es urbaines pourrait �tre tr�s �clairante sur leurs conditions d'organisation interne et externe.

Conclusion

Les mini-minoteries proposent sur le march� des produits de meunerie normalement stabilis�s. Ceux-ci entrent en concurrence avec des produits obtenus par voie humide propos�s par des vendeuses ou obtenus par les m�nag�res en utilisant les moulins en prestation de services. L'avantage des produits stabilis�s et ensach�s par rapport � leurs concurrents n'appara�t finalement pas �vident pour les consommateurs. Tout au moins, le co�t de cet avantage semble �lev� par rapport au pouvoir d'achat de la grande masse des citadins. Quel peut �tre, dans ce cas, le march� sp�cifique pour ces produits?

Les limites du secteur artisanal des moulins en prestation de services sont leur incapacit� � pouvoir satisfaire des demandes concentr�es; par exemple celles des collectivit�s, des organismes d'aide alimentaire, voire de certaines industries. Les mini-minoteries peuvent avoir sur ces march�s un avantage concurrentiel certain. il reste qu'elles peuvent �tre concurrenc�es par des unit�s industrielles centralis�es - lorsqu'elles existent - qui peuvent avoir l'avantage d'�conomies d'�chelles pour la transformation. Cela dit, leur caract�re centralis� rench�rit leurs co�ts d'interm�diation et de transactions (approvisionnement, distribution). Seule la proximit� permet d'entretenir le r�seau de relations n�cessaires.

Outre la concurrence sur les caract�ristiques des produits, BRESSOLETTE et LAIDIN (1993) ont montr� la possibilit� d'une concurrence par les prix au moment o� les c�r�ales sont ch�res, en p�riode de soudure. L�, les mini-minoteries peuvent avoir un avantage, mais la barri�re d'acc�s est alors li�e au financement des stocks.

Les projets de cr�ation de mini-minoteries villageoises ont �t� lanc�s, rappelons-le, avec l'objectif de permettre aux producteurs d'acc�der aux march�s urbains en conservant la valeur ajout�e de la transformation du ma�s. Il est sans doute encore trop t�t pour �tablir si ces objectifs sont atteints. Les projets ont permis d'exp�rimenter les conditions de fonctionnement de tels types d'unit�s innovantes en milieu rural. Leurs acquis sont tr�s importants et m�ritent d'�tre valoris�s.

A ce stade de la r�flexion, plusieurs questions peuvent �tre pos�es.

D'autres solutions four garantir des d�bouch�s aux producteurs de ma�s et leur permettre d'accro�tre leurs revenus ont-elles �t� �tudi�es? On peut penser � des contrats entre des producteurs et des entreprises de transformation urbaines, � des unit�s rurales priv�es, � des groupements d'int�r�t �conomique associant producteurs et commer�ants d'une m�me zone g�ographique. Quelques exp�riences existent dans d'autres fili�res qui m�riteraient d'�tre mieux connues.

La plupart des mini-minoteries sont parvenues � r�soudre leurs probl�mes techniques et leurs probl�mes d'approvisionnement m�me si des difficult�s subsistent. Les plus gros probl�mes se situent au stade de la commercialisation. La m�connaissance g�n�rale des march�s et du comportement des consommateurs constitue un frein � l'�laboration de strat�gies commerciales. Cette difficult� n'a-t-elle pas �t� sous-estim�e dans la programmation des projets et ne doit-elle pas constituer aujourd'hui une priorit� pour l'action?

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