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4. Commentaires

Table des mati�res - Pr�c�dente - Suivante


4.1 Identit� et sp�cificit� des h�tes
4.2 Pathogenicit�
4.3 Application pratique


Au cours de la pr�sente �tude, deux esp�ces de protozoaires ont �t� d�tect�es sur le ravageur P. truncatus dans Sa principale zone de distribution togolaise. Ces agents pathog�nes sont d'une part une esp�ce Mattesia, et d'autre part une esp�ce Nosema. Les deux protozoaires avaient une distribution g�ographique diff�rente. Alors que Mattesia sp. a �t� d�couvert sur des col�opt�res des r�gions m�ridionale et centrale du Togo, l'esp�ce Nosema a �t� uniquement d�cel�e dans le sud du pays. Non seulement la n�ogr�garine �tait plus r�pandue que l'esp�ce Nosema mais elle se manifestait aussi plus fr�quemment. Ces observations permettent de conclure que Mattesia sp. s'est visiblement mieux implant�e que la microsporidie sur les populations naturelles de ravageurs du Togo.

D'autres �tudes attestent la d�couverte ant�rieure d'une esp�ce Mattesia, au Togo. LIPA et WOHLGEMUTH (1986) d�crivent une n�ogr�garine trouv�e sur des P. truncatus originaires du Topo. Lors d'une enqu�te men�e dans le sud du pays, LELIVELDT et al. (1988) ont �galement mis en �vidence sur le ravageur un agent pathog�ne de ce type. S'il s'agit dans les cas cites de la m�me esp�ce, on peut en conclure, � partir des agents pathog�nes d�couverts dans notre propre enqu�te, que la pr�sence de Mattesia sp. n'est pas limit�e au sud du pays, mais que l'agent pathog�ne est �galement r�pandu sur P. truncatus dans la "R�gion des Plateaux" et dans la "R�gion Centrale" du Topo.

Le litt�rature sp�cialis�e ne fait en revanche aucune mention d'une d�tection de Nosema au Togo. C'est par cons�quent le premi�re fois que l'on d�couvre une Nosema sur P. truncatus dans ce pays d'Afrique occidentale. La distribution, � proportion plus restreinte, de cet agent pathog�ne dans les r�gions d'enqu�te togolaises incite � penser que la microsporidie s'est peut-�tre �tablie plus tard que Mattesia sp. sur les populations locales de ravageurs. Toutefois, il serait �galement concevable que l'origine de l'opposition g�ographique constat�e entre les deux agents pathog�nes soit a rechercher dans la diff�rence de virulence.

4.1 Identit� et sp�cificit� des h�tes

Les esp�ces de protozoaires mises en �vidence sur P. truncatus ont �t� identifi�es. S'agissant de Mattesia sp., on a constat� que la morphologie et la dimension des spores concordaient bien avec les descriptions de n�ogr�garines fournies par LIPA & WOHLGEMUTH (1986), et LELIVELDT (1990), d'o� l'on peut conclure que le protozoaire examin� est vraisemblablement identique � l'esp�ce Mattesia d�crite � l'�poque sur des P. truncatus d'origine togolaise. Cette hypoth�se a �t� renforc�e par l'observation, aux cours de nos propres recherches, des stades interm�diaires de l'agent pathog�ne, qui se sont r�v�l�s tout � fait analogues a ceux observ�s par LELIVELDT (1990).

Des esp�ces Mattesia ont �t� �galement d�couvertes dans d'autres pays o� l'anobie est pr�sente. C'est ainsi que PURRINI (cite par BURDE, 1988) a d�crit une n�ogr�garine trouv�e au Costa Rica sur des col�opt�res de P. truncatus tandis qu'une esp�ce Mattesia Etait �galement d�tect�e en Tanzanie (PURRINI, communication interne). Ces deux protozoaires n'ayant toutefois pas fait l'objet d'examens plus approfondis, il n'a pas �t� possible d'�tablir une comparaison des caract�ristiques pr�sent�es par les spores. On peut n�anmoins supposer que les agents pathog�nes d�tect�s au Costa Rica et en Tanzanie appartiennent � la m�me esp�ce que celui qui a �t� d�couvert au Togo.

C'est la premi�re fois que la microsporidie �tait d�cel�e sur P. truncatus au Togo. Afin de fournir une description plus pr�cise de ce protozoaire, on en a mesure les spores, �tudi� le cycle �volutif et examin� l'histopathologie sur l'h�te. Une comparaison entre ces caract�ristiques et celles d'autres esp�ces Nosema d�crites dans la litt�rature sp�cialis�e devait permettre d'�tablir si la microsporidie d�couverte �tait identique � une esp�ce d�j� connue ou s'il s'agissait d'une esp�ce nouvelle. Les esp�ces N. whitei N. weiseri et N. oryzaephili ont �t� int�gr�es au processus de comparaison, de m�me que trois microsporidies isol�es sur P. truncatus en Tanzanie. Ces trois microsporidies, qui ont �t� insuffisamment d�crites par PURRINI (communication interne), ne constituent cependant pas de v�ritables esp�ces.

La comparaison a permis pour l'essentiel d'�tablir des diff�rences au niveau du cycle �volutif des esp�ces Nosema. Alors que l'on a observ� au cours de certains examens une division des sporontes en deux sporoblastes, MILNER (1972d) indique n'avoir pas enregistre chez N. whitei de division des sporontes. Chaque sporonte donnait ici imm�diatement naissance � un sporoblaste, � partir duquel se formait ensuite la spore. LIPA (1968) a confirm� cette observation pour le cycle de N. weiseri. Cette diff�rence majeure dans l'�volution des esp�ces N. whitei et N. weiseri par rapport au cycle d�crit chez les esp�ces Nosema excluait toute possibilit� d'identit� avec l'une de ces deux esp�ces.

S'agissant de N. oryzaephili on notera que le cycle �volutif observ� sur son h�te, O. surinamensis, pr�sentait de fortes similitudes avec celui de la microsporidie qui nous int�resse (BURGES et al., 1971). Autres �l�ments concordants: le rapport nucl�aire, ainsi que l'affinit� pour le corps adipeux de l'h�te. Cette derni�re propri�t� ne constitue pas une caract�ristique sp�cifique du fait qu'elle repr�sente un ph�nom�ne tr�s courent chez les microsporidies.

Les microsporidies d�tect�es par PURRINI (communication interne) sur P. truncatus en Tanzanie n'ont pas pu �tre int�gr�es � la comparaison des cycles �volutifs du fait que leur propre cycle n'avait fait l'objet d'aucune tude, d'o� l'absence d'un �l�ment de comparaison important. Eu �gard aux fortes divergences dans les dimensions des spores chez deux des isolats provenant de Tanzanie, il est probable qu'il ne s'agit pas des m�mes que ceux d�couverts au Togo. Seul l'un des types de spores pr�sentait de par ses dimensions de fortes analogies avec les spores togolaises. On ne peut par cons�quent pas exclure que l'esp�ce Nosema togolaise soit identique � cet isolat de spores originaire de Tanzanie. Outre les microsporidies tanzaniennes, on a isol� au Costa Rica sur P. truncatus. un agent pathog�ne Nosema (PURRINI, communication interne). La comparaison n'�tait pas possible vu que ce protozoaire n'a pas �t� d�crit avec pr�cision. Nous constaterons pour terminer que la microsporidie qui nous occupe peut �tre rattach�e au genre Nosema.

Au total, onze esp�ces de protozoaires ont �t� identifi�es sur le ravageur du ma�s P. truncatus (BURDE, 1988; LELIVELDT et al., 1988; LIPA & WOHLGEMUTH, 1986; PURRINI, communication interne; PURRINI & KEIL, 1989).

Parmi ces esp�ces, on trouve dans chaque pays o� l'on a recherche sur le Grand Capucin du Ma�s des agents pathog�nes du moins une microsporidie et une n�ogr�garine. En l'absence de description pr�cise, il n'est malheureusement pas possible d'�tablir des comparaisons. Il serait donc fort utile de proc�der a posteriori � de tels examens sur les agents pathog�nes isol�s au Costa Rica et en Tanzanie afin de pouvoir �ventuellement en d�terminer l'identit�.

Dans le but de cerner le spectre de leurs h�tes, on a inocule des spores de Nosema et de Mattesia � six esp�ces de col�opt�res parasites du ma�s, du sorgho et du manioc au Togo. Il s'agissait en l'occurrence de bastryches d'esp�ces voisines : R. dominica et D. bifoveolatus, ainsi que de C. dimidiatus, T. castaneum, P. subdepressus et S. zeamais. Les esp�ces de col�opt�res test�es se sont toutes av�r�es pr�dispos�es envers l'esp�ce Nosema. Les essais r�alis�s avec la n�ogr�garine se sont soldes par des r�sultats similaires. A l'exception de T. castaneum, qui n'a pas �t� infecte par Mattesia 53., ce protozoaire a provoque une infection chez les cinq autres ravageurs des stocks. On peut par cons�quent �carter pour les deux protozoaires l'hypoth�se d'une sp�cificit� parasitaire vis-�-vis de P. truncatus.

L'�largissement du spectre parasitaire, tel qu'il a �t� constat� au cours de la pr�sente �tude pour Nosema sp. et Mattesia sp., a d�j� fait l'objet de diverses communications relatives � d'autres protozoaires entomopathog�nes. On a ainsi observe que N. whitei infectait non seulement ses deux principaux h�tes, T. castaneum et T. confusum, mais �galement T. anaphe, T. destructor, T. brevicornis, T. madens et O. surinamensis (MILNER, 1973b). Outre son h�te primaire, O. surinamensis, N. oryzaephili a infeste cinq autres esp�ces de col�opt�res' dont T. castaneum et trois esp�ces de teignes (BURGES et al., 1971). KHAN & SELMAN (1989) supposaient qu'un bon nombre des esp�ces Nosema d�j� d�crites poss�dent un spectre d'h�tes beaucoup plus large qu'on ne le pensait jusqu'� pr�sent.

On a par ailleurs �tabli la contagiosit� te de quelques-unes des esp�ces Mattesia sur diverses esp�ces d'insectes. C'est ainsi que les recherches entreprises par la suite (BURKHOLDER & DICKE, 1964; HALL et al., 1971) ont permis de montrer que M. trogodermae, qui avait �t� isole � l'origine sur T. granarium, le dermeste des grains (CANNING, 1964), parasitait (gaiement six autres esp�ces Trogoderma, y compris T. glabrum. De la m�me fa�on, on a identifie dans le corps adipeux de deux teignes parasites des stocks, Ephestia k�hniella (NAVILLE, 1930) et PIodia interpunctella (MUSGRAVE & MACKINNON, 1938), la n�ogr�garine M. dispora. Cette esp�ce a �t� de plus identifi�e par FINLAYSON (1950) sur les cucujid�s Laemophloeus minutus et L. ferrugineus.

4.2 Pathog�nicit�

La pr�sence de Nosema sp. et de Mattesia sp. sur P. truncatus dans les diff�rents pays o� le ravageur s'est propag� nous a incites � nous pencher sur les effets pathog�nes de ces deux protozoaires sur l'anobie. La contagiosit� des agents pathog�nes d�tect�s du Togo sur P. truncatus fait donc dans la pr�sente �tude l'objet d'une analyse approfondie.

Les trois stades larvaires de P. truncatus t�moignent d'une pr�disposition plus ou moins marqu�e envers les protozoaires consid�r�s. Alors que les stades L1 et L2 �taient infectes pratiquement dans tous les cas � 100 % par Nosema sp. et Mattesia sp., les taux d'infestation constat�s sur L3 sont demeures minimes. Ces r�sultats permettent de conclure que la pr�disposition des larves diminue avec d'�ge. Les recherches men�es par LELIVELDT (19901 sur Mattesia sp. ont confirme un tel comportement chez les larves de P. truncatus. La faible pr�disposition observ�e chez les sujets L3 pourrait �tre due du fait que les sujets parvenus au stade de la nymphose restreignent consid�rablement leur alimentation et, de l�, n'absorbent probablement des spores que parement.

Sur les L1 on a constate un ralentissement de l'�volution en pr�sence d'une infection par Nosema pendant que le taux de mortalit� des L2 �galement infestes par Nosema augmentait. Les L1 infectes par Mattesia sp. ont r�agi par une mortalit� �lev�e et pr�sentaient par ailleurs une inhibition de le d�veloppement larvaire. Ce ralentissement du d�veloppement larvaire s'est �galement manifest� chez les L2 infest�s par Mattesia sp. Ces r�sultats nous am�nent � la conclusion que Nosema sp. et Mattesia sp. sont doues tous deux a effets pathog�nes sur les deux premiers stades larvaires de l'anobie. On peut distinguer pour les deux agents pathog�nes d'une part des effets mortels, d'autre part une action inhibitrice sur le d�veloppement des larves de P. truncatus Dans le cas de la n�ogr�garine, les deux effets ont �t� observes sur les L1. LELIVELDT (1990) a �galement note chez des L1 et L2 infectes par Mattesia une inhibition de le d�veloppement larvaire qui ne s'est pas manifest�e chez les L3.

Il a �t� tr�s difficile, dans le cadre de cette �tude. de parvenir � une infection des adultes de P. truncatus par les deux protozoaires. La pr�disposition moindre des imagos par rapport aux larves a �t� observ�e pour toute une s�rie d'autres esp�ces de protozoaires entomopathog�nes. On peut citer � ce propos aussi bien des n�ogr�garines comme M. trogodermae sur le ravageur T. glabrum (SCHWALBE et al., 1973), que des esp�ces Nosema notamment N. plodiae et N. heterosporum sur P. interpunctella (KELLEN & LINDEGREN, 1974), ainsi que N. whitei sur T. castaneum (MILNER, 1973a).

La divergence des r�sultats d'infection obtenus lors des essais que nous avons r�alis�s sur les adultes et les larves de l'anobie s'explique en partie par les conditions d'essai. Les larves du ravageur se trouvaient dans les verres � essai en contact direct avec une quantit� de spores relativement importante du fait que les stades infectieux ont �t� appliques directement sur les individus. Lors de l'inoculation des adultes, au contraire, la poudre aux spores (tait repartie dans le grain qui servait de substrat. Le degr� de probabilit� d'une ingestion des spores par les larves �tait donc infiniment plus �lev� que chez les adultes, ce qui explique que les larves ont �t� vraisemblablement plus nombreuses � s'infecter que les imagos.

En outre, l'infestation par les protozoaires observ�e de mani�re g�n�rale sur les anobies adultes est demeur�e faible, alors que les larves pr�sentaient dans tous les cas une tr�s forte infestation par les agents pathog�nes. Il est permis de supposer que l'absorption in�gale de spores n'a provoqu� chez les adultes qu'une infection limit�e, alors qu'elle s'est manifest�e chez les larves par une infestation plus accentu�e au niveau individuel, ce qui expliquerait �galement que le taux de mortalit� �tait plus �lev� chez les larves que chez les adultes.

Les femelles de P. truncatus atteintes d'une infection par Mattesia sp. ont pondu nettement moins d'oeufs que les femelles saines. On a constat� chez les femelles infect�es un recul de la f�condit�, qui tendit � un �courtement de la long�vit� des m�les et femelles infect�s par Mattesia, La maladie avait chez les femelles une plus grande influence sur la ponte que chez les m�les infectes par Mattesia. Comme cause g�n�rale � l'origine de cet effet, on peut indiquer ici la propagation du micro-organisme dans les tissus de l'h�te, laquelle entra�ne � plus ou moins bref d�lai une colonisation des organes reproducteurs, de sorte que la reproduction des sujets malades peut �tre inhib�e, voire � la fin totalement paralys�e. Certains rapports font �galement �tat d'une diminution de f�condit� chez des femelles de T, castaneum infect�es par N. whitei (MILNER, 1972b), de m�me que chez Listronotus bonariensis en pr�sence d'une infection par Microsporidium itiiti (MALONE, 1987). Dans le cas du dernier ravageur cit�, les effets pathog�nes ont �t� attribu�s � une diminution de la ponte active (MALONE, 1987).

La long�vit� des imagos de P. truncatus fortement infestes par Mattesia, �tait de 20 jours post infectionem. Les col�opt�res survivants pr�sentaient un gonflement tr�s net de l'abdomen. Ce sympt�me limitait fortement leur mobilit�, et leur comportement indiquait qu'ils �taient d�j� moribonds. L'examen ult�rieur de ces insectes a r�v�l� une colonisation dense des tissus abdominaux par l'agent pathog�ne. C'est probablement la multiplication massive des Mattesia sp. qui a �t� � l'origine de la mort pr�coce des col�opt�res SCHWALBE et al,. (1973) expliquent une mort aussi pr�coce des organismes h�tes par le fait que les schizogr�garines (appel�es �galement n�ogr�garines) poss�dent la facult� de passer, dans le corps de l'animal h�te, par deux cycles reproductifs asexu�s, la schizogonie dite micronucl�aire et celle dite macronucl�aire. Ces diff�rents cycles ont �t� mis en �vidence et d�crits avec une grande clart� par LELIVELDT (1990) au sujet de l'esp�ce Mattesia, sur P. truncatus

Concernant l'apparition de sympt�mes dus � une infection de protozoaires sur des insectes, il faut noter que l'infection ne semble se manifester que tr�s rarement. Les modifications de caract�ristiques d�crites au sujet des adultes de P. truncatus de m�me que les changements morphologiques constates par MILNER (1972b) cher des papes de T. castaneum infect�es par Nosema peuvent �tre consid�r�es comme des exceptions. MILNER (1972b) a observ� dans des cas isol�s une d�formation du corps, ainsi qu'un retard dans le d�veloppement des ailes et des membres chez les pupes du ravageur. Des d�formations similaires sont apparues au cours de nos propres recherches sur certaines pupes de P. truncatus Des sympt�mes n'apparaissent toutefois que tr�s rarement, ce qui s'explique vraisemblablement par le fait que dans bien des cas les protozoaires provoquent chez l'insecte une infection chronique (ARBDGAST, 1984; KHAN & SELMAN, 1989; MERCER & WIGLEY, 1987; WEISER & NOVOTNY, 1987). Etant donne la faiblesse de l'infection chez l'animal h�te, il est fr�quent que l'on ne d�c�le aucun sympt�me ext�rieur

La croissance des populations de P. truncatus infest�es naturellement et celle des sujets sains ont �t� inhib�es par le traitement � la pr�paration mixte aux spores, compos�e de spores de Nosema et de spores de Mattesia. On a assiste, au sein de la deuxi�me g�n�ration filiale, mais plus nettement encore au sein de la troisi�me, � un recul des imagos survivants. Le taux de mortalit�, en g�n�ral significativement plus �lev� chez les adultes traites que chez les animaux non trait�s, a pu �tre attribu� � le maladie caus�e par les protozoaires, puisque aussi bien 60 � 80 % des animaux morts �taient infestes LELIVELDT (1990) a observe au sein de la premi�re g�n�ration filiale de P. truncatus parasites par Mattesia une mortalit� �lev�e. Se r�f�rent du taux d'infection �lev� chez les adultes morts dont s'accompagnait ce ph�nom�ne, elle en a conclu de m�me aux effets mortels du protozoaire.

Les r�sultats expos�s ici montrent clairement que l'efficacit� des pathog�nes �tait subordonn�e � la densit� de population de l'animal h�te. Le d�veloppement d'une population d'h�tes extr�mement dense, auquel on assiste par, exemple lorsque l'insecte se reproduit dans un espace vital limite (en l'occurrence le conteneur � essais), se traduit par un contact plus intense entre les h�tes infectes et non infectes et les spores virulentes, ce qui augmente la probabilit� a 'infection (FUXA, 1987). Ce ph�nom�ne de d�pendance de la densit� est plus accentu� chez les agents pathog�nes � transmission horizontale que chez ceux � transmission verticale (ANDREADIS, 1987).

Pour ce qui est de la transmission d'un h�te � l'autre, il est important de noter qu'en plus de la transmission par d�composition de cadavres d'insectes chez certaines microsporidies infestant l'intestin de l'h�te, des spores ont �t� �galement d�cel�es dans les mati�res f�cales (FOX & WEISER, 1959; ISHIHARA 6 FUJIWARA, 1965; LIPA, 1974; POINAR a THOMAS, 1978; WEISER, 1961). On a donc �t� amen� � examiner le question de l'�vacuation �ventuelle, dans les excr�ments de P. truncatus infectes' de spores de Nosema et de Mattesia.

S'agissant de la microsporidie, les mati�res f�cales des col�opt�res infectes n'ont pas r�v�l� la pr�sence de spores. Du fait que Nosema sp., comme on l'a constat� dans la pr�sente �tude, infecte prioritairement le corps adipeux de son h�te, il est tout � fait improbable qu'il y ait �vacuation de spores par l'intestin. Le ph�nom�ne n'a d'ailleurs pas �t� observ� ici.

L'esp�ce Mattesia fait partie des n�ogr�garines et infecte � ce titre elle aussi le corps adipeux de l'animal h�te (WEISER, 1961). Il s'ensuit logiquement que les spores de cette esp�ce ne sont pas non plus �vacu�es avec les mati�res f�cales. En cas d'infestation tr�s avanc�e, cependant, comme celle qui affectait ici les animaux exp�rimentaux, l'intestin peut �galement �tre atteint. Ceci explique que si l'on a effectivement d�cel� des spores de Mattesia, dans les mati�res f�cales de certains animaux, la pr�sence de ces spores peut �tre consid�r�e comme n�gligeable en raison de leur faible quantit�. On peut donc affirmer dans l'ensemble que la contagion par des excr�ments contenant des spores ne s'est av�r�e significative ni chez Nosema sp., ni chez Mattesia sp.

L'essai effectu� sur des couples de P. truncatus isoles a permis d'exclure l'hypoth�se d'une contamination transovarienne de la descendance par les parents, puisque aussi bien aucun des L1 fra�chement �clos ne pr�sentait d'infection. Une s�rie d'essais, dans lesquels Mattesia sp. a permis d'obtenir sur P. truncatus un degr� d'infection plus �lev� qu'avec Nosema sp., et cela malgr� une densit� de spores inf�rieure dans la pr�paration utilis�e attestait pourtant l'extraordinaire facult� de propagation de la n�ogr�garine.

L'esp�ce Nosema en revanche, est fondamentalement capable de se transmettre par contagion transovarienne. La litt�rature sp�cialis�e nous enseigne en effet que certaines esp�ces de microsporidies poss�dent cette facult� (KHAN � SELMAN, 1989; WEISER, 1961). Dans la mesure ou l'infection par Nosema �tait tr�s �lev�e dans tous les essais r�alis�s en conteneur sur le ravageur P. truncatus on peut en d�duire que la microsporidie �tait elle aussi en mesure de se propager assez fortement au sein de la population de l'h�te. Notons toutefois que l'application combin�e de spores des deux protozoaires s'est sold�e au cours de la plupart des essais par un taux d'infection sup�rieur du � Mattesia la sp. par rapport � Nosema sp. On ne peut donc pas exclure qu'il y ait eu dans les verres � essai un ph�nom�ne de concurrence entre les deux agents pathog�nes.

Pour r�sumer le complexe de la pathog�nicit� des protozoaires concernes, on peut dire que les deux esp�ces ont 'ait la preuve de leur efficacit� contre les premier et second stades larvaires de P. truncatus Les agents pathog�nes n'ont eu en revanche que des effets limites sur les imagos Toutefois, dans les cas d'infection r�ussie, les femelles du ravageur ont r�agi par une f�condit� nettement diminu�e, cons�cutive � l'abr�gement de leur long�vit�. Une comparaison entre les deux esp�ces de protozoaires du point de vue de leur propagation au sein de la population de l'h�te a r�v�l� que la n�ogr�garine �tait en g�n�ral davantage en mesure de coloniser les populations de P. truncatus. Il semble qu'il existe en l'occurrence certains rapports de concurrence entre Mattesia sp. et Nosema sp.

4.3 Application pratique

Nous allons examiner dans la suite les possibilit�s de mise en oeuvre pratique des protozoaires dans les entrep�ts de stockage Le probl�me de le conservation des spores constitue � ce niveau un point essentiel (tant donne que les stades virulents de l'agent pathog�nes, qui servirent ult�rieurement � la fabrication de la pr�paration biologique doivent, entre autres propri�t�s, �tre conservables.

Dans le cadre de nos propres essais, les spores de Nosema et de Mattesia avaient perdu toute capacit� infectieuse sur les larves de P. truncatus au bout de 8 mois de stockage � l'�tat congel�. On a n�anmoins obtenu � partir de spores des deux protozoaires �g�es de 3 � 9 mois des taux d'infection relativement �lev�s sur les larves de l'anobie, les spores ayant �t� ici conserv�es dans des cadavres d'animaux � des temp�ratures voisines de 28 �C. Le stockage dans des cadavres d'insectes � des temp�ratures ambiantes assez �lev�es s'est donc r�v�l� une forme de stockage plus fiable que la conservation de la pr�paration aux spores � l'�tat congel�.

WEISER (1961) a �galement constat� les effets n�gatifs lies � la cong�lation de spores de protozoaires. KRAMER (1970) supposait que les spores de certaines esp�ces demeuraient viables une ou plusieurs ann�es lorsqu'elles �taient conserv�es � temp�rature ambiante dans des mati�res f�cales ou dans des cadavres d'animaux. Du point de vue de l'application pratique, les r�sultats des recherches sur la conservation des spores montrent que le mat�riel � inoculer pourrait �tre stock� sans aucune difficult� par les paysans togolais, vu que les conditions climatiques r�gnant dans le sud du Togo, autrement dit la zone potentielle de mise en oeuvre de la pr�paration aux spores, peuvent �tre consid�r�es comme id�ales pour le stockage des spores.

Autre aspect examin� en vue de l'utilisation concr�te de spores de protozoaires �tait la r�action du Grand Capucin du Ma�s, P. truncatus vis-�-vis de l' "Actellic", un insecticide couramment employ� dans la protection des stocks, lorsque ce produit est applique en combinaison avec des spores. A la suite d'un emploi combine de spores et de la mati�re active "pirimiphos-m�thyle", on a observ� une �volution plus favorable de la population de l'anobie c'est-3-dire une progression du nombre des individus - que dans le cas de traitements mettant en oeuvre l'insecticide seul � des concentrations de mati�re active �quivalentes. Dans la mesure o� les effets insecticides sur le ravageur ont �t� de toute �vidence moindres dans les variantes combin�es, et cela malgr� une quantit� �gale de mati�re active, il se pourrait qu'il y ait eu antagonisme entre l'insecticide et les spores de protozoaires. Cette hypoth�se a �t� renforc�e par l'observation selon laquelle l'application des seules spores a provoqu� au sein de la population de l'h�te des taux d'infection plus �lev�s que ceux obtenus au moyen des variantes combin�es.

Sur la base de donn�es quantitatives, KHAN et SELMAN (1988) ont effectue une recherche similaire sur 7. castaneum avec des spores de N. whitei et du pirimiphos-m�thyle. Le recul de la mortalit� des adultes constat� en l'occurrence r�sultait des traitements suivants :

Agent pathog�ne > insecticide > insecticide + agent pathog�ne > t�moin (KHAN & SELMAN,1988).

A l'instar de ce qu'ont r�v�l� nos propres r�sultats, les diverses pr�parations simples ont eu sur le ravageur des stocks des effets plus probants que l'application combin�e de spores et de pirimiphos-m�thyle.

La litt�rature sp�cialis�e fait cependant �tat de recherches au cours desquelles on a pu observer une efficacit� renforc�e des insecticides sur les ravageurs lorsque ceux-ci (talent infestes par des protozoaires. Voulant �tudier plus en d�tail l'influence du protozoaire M grandis sur la toxicit� des insecticides utilises contre A. grandis, l'anthonome du cotonnier, BELL et McLAUGHLIN (1970) ont d�montr� que les effets des insecticides �taient non seulement plus intenses, mais �galement plus durables sur des col�opt�res infest�s. L'essai faisait intervenir du malathion, de l'azinphosm�thyle, du DDT et du carbaryl (BELL et McLAUGHLIN, 1970). La recherche de RABINORA et al,. (1988) traitait de l'influence sur la toxicit� du malathion, du chlorpyriphos et des pyr�thro�des synth�tiques "Fenvalerat'" et "Cypermethrin", d'une infection de larves de T. castaneum par Farinocystis tribolii. L'infection par le protozoaire a effectivement augment� la sensibilit� des larves aux quatre insecticides mentionn�s (RABINDRA et al, 1988). .

A l'inverse, LUBLINKHOF et al. (1979), testant du carbaryl et du carbofuran en association avec des spores de N. pyrausta sur des larves de l'anobie europ�enne O. nubilalis, sont parvenus � la conclusion que les deux composants agissaient � la fois ind�pendamment l'un de I'autre et de mani�re additionnelle sur la population de larves. MUSSGNUG & HENRY (1979) font �galement �tat d'effets additionnels, observes lors de traitements combines au malathion associe � des spores de N. locustae contre le criquet migrateur M. sanguinipes. La mise en oeuvre de microsporidies associ�es � du dimethoat n'a pas permis d'observer d'�l�vation de la mortalit� chez des nymphes du criquet (MORRIS, 1985).

S'agissant de la stabilit� des insecticides dans les champs, COUCH et IGNOFFO (1981) ont constate que le rayonnement solaire constituait vraisemblablement un facteur important du fait qu'il amoindrit la persistance de certains agents pathog�nes microbiens. Des stades infectieux de virus, de bact�ries et de champignons ont �t� exposes � une gemme d'ondes d�termin�e du rayonnement ultraviolet (IGNOFFO et al., 1977). B. thuringiensis a r�agi de fa�on tr�s sensible � ce traitement en r�duisant fortement l'activit� de ses spores. Ce sont toutefois les virus entomopathog�nes qui pr�sentaient la plus haute sensibilit� aux ultraviolets.

Au cours des essais men�s par nous dans des conditions proches de la r�alit�, la pr�paration aux spores a �t� appliqu�e dans des greniers � mais. Ces greniers �tant recouverts d'une toiture sp�ciale, on pouvait postuler qu'ils offraient aux spores une protection suffisante contre les rayonnements ultraviolets.

D'une mani�re g�n�rale, COUCH et IGNOFFO (1981) situent l'�cart de temp�rature maximal pour la survie des spores de protozoaires entre 10 et 50�C. Etant donn� que les temp�ratures relev�es dans les greniers exp�rimentaux, qui �taient de conception pratiquement identique � ceux des paysans, se situaient a l'int�rieur de cet �cart, on peut partir du principe que les spores appliqu�es dans le grenier � mais avaient surv�cu sans perdre de leur pathog�nicit�.

Dans le cadre de la lutte contre le Grand Capucin du Mais par l'emploi de spores de protozoaires dans les greniers est apparu un probl�me fondamental. La pr�paration aux spores a �t� appliqu�e sur les spathes des �pis de ma�s. Les P. truncatus adultes parviennent toutefois � percer assez rapidement les spathes et � p�n�trer dans l'�pi, ou ils s�journent jusqu'� ce que la nourriture commence � manquer. Ce comportement rend plus improbable l'absorption des spores de protozoaires, qui n'ont �t� appliqu�es qu'ext�rieurement. En confirmation de cette th�se, les essais men�s dans des conditions proches de la r�alit� ont permis de constater des taux d'infection tr�s faibles sur les col�opt�res.

A l'inverse des essais en conteneur, pour lesquels on avait utilis� comme substrat nutritif des grains de mais en vrac, les ravageurs vivant dans le grenier � mais ont pu en g�n�ral �viter plus facilement le contact des spores du fait que leur nourriture �tait renferm�e dans l'�pi et, de la, tr�s �loign�e de la poudre aux spores. De plus, la densit� des populations de l'anobie qui se sont d�velopp�es dans les greniers est demeur�e � proportion faible, alors que l'on a observ� r�guli�rement en conteneur une tr�s forte densit� des populations d'animaux h�tes. Les conditions de propagation des protozoaires �taient donc beaucoup plus favorables sur les populations de ravageurs �lev�es en conteneur que sur celles rencontr�es dans les greniers a mais, ce qui a d'ailleurs �t� confirm� par les taux d infection �lev�s constates chez les individus.

Il est n�cessaire de r�fl�chir � une meilleure technique d'application qui permettrait d'optimiser l'absorption dans les greniers � ma�s des spores de protozoaires par l'organisme cible P. truncatus. La litt�rature sp�cialis�e nous fournit des exemples qui montrent de quelle mani�re on peut renforcer l'infection d'un ravageur par des protozoaires. C'est ainsi que McLAUGHLIN (1967) a pr�sent� un syst�me d'app�ts destine � la lutte contre A. grandis, l'anthonome du cotonnier. Dans le cadre d'essais r�alis�s sur le terrain, dans des cages, on a teste sur le col�opt�re un stimulateur d'ingestion, associe � des spores de M. grandis On a pu d�montrer en l'occurrence que ce traitement permettait de r�duire la population du ravageur du coton.

Le succ�s obtenu � la suite de l'application de tels app�ts alimentaires a toutefois �t� relativis� par SHAPAS et al (1977). S'il s'agit-l� en effet d'un moyen d'appliquer directement des agents pathog�nes, cette m�thode constitue n�anmoins une mesure peu sp�cifique. Il faudrait par ailleurs que l'app�t soit con�u de mani�re � �tre plus attrayant encore que le produit Stock�, ce qui est consid�r� comme assez improbable. A la suite de ces r�flexions, on a propose pour am�liorer la propagation des agents pathog�nes la mise en oeuvre d'app�ts aux ph�romones.

Au cours de leurs recherches, SHAPAS et al,. (1977) ont employ� une ph�romone sexuelle femelle de T. glabrum contamin�e par des spores de M. trogodermae. Apres contamination des m�les attir�s, les spores ont �t� transmises aux femelles lors de copulations ult�rieures, ces me es femelles ayant ensuite infecte leur descendance. Forts des r�sultats obtenus, les chercheurs ont alors d�cid� d'utiliser des app�ts � ph�romones de ce type contre les nuisibles forestiers ou d'autres insectes nuisibles attaquant les plantes cultiv�es dont la p�riode de v�g�tation dure plus d'un an. Chez ces populations de ravageurs, les maladies pr�sentent fr�quemment un caract�re �pizootique offrant des conditions id�ales pour la mise en oeuvre d'agents pathog�nes.

Il est certain que ces syst�mes d'app�ts pr�sentent �galement un int�r�t r�el pour la lutte contre le Grand Capucin du Ma�s, une constatation que vient d'ailleurs confirmer un autre facteur. L'efficacit� des protozoaires �tait principalement fonction de la concentration des spores dans la pr�paration. Pour traiter un grenier exp�rimental contenant 30 kg de ma�s stocke, il avait fallu r�duire en poudre quelque 60 000 col�opt�res

Ainsi qu'en t�moignaient les r�sultats, la concentration de spores existant dans la pr�paration, qui �tait de 109 pour les spores de Nosema et de 107 pour les spores de Mattesia, s'est av�r�e insuffisante pour provoquer des effets pathog�nes au sein des populations de ravageurs. Si la quantit� de spores mises en �vidence au cours de cette �tude dans des produits r�siduels moulus provenant d'une saison de stockage a donne une importante concentration de spores dans la poudre pr�par�e, la quantit� de poudre obtenue serait toutefois loin d'�tre suffisante pour permettre de r�aliser un traitement de la m�me ampleur que celui mentionn� plus haut.

De mani�re � augmenter la densit� des spores dans la pr�paration, on pourrait recourir � une multiplication massive des protozoaires (IGNOFFO & HINK, 1971). Cependant, vu que les deux agents pathog�nes sont des parasites obligatoires d�pendant des cellules vivantes de l'h�te (WEISER, 1961), la seule possibilit� consisterait ici � pratiquer un �levage massif de l'h�te, c savoir P. truncatus, ou encore d'un animal h�te plus grand et offrant par cons�quent un meilleur rendement. En raison des co�ts consid�rables li�s � un tel �levage la multiplication massive des protozoaires entomopathog�nes demeure exclue dans la plupart des cas. La seule alternative r�aliste reste donc la technique des app�ts aux ph�romones, dont le d�veloppement et la mise en oeuvre dans la lutte contre le Grand Capucin du Ma�s permettraient d'exploiter utilement les r�sultats de recherche expos�s ici.

La pr�sente �tude aura finalement permis d'�tablir que les deux agents pathog�nes microbiens n'�taient visiblement pas en mesure d'infester le pr�dateur T. nigrescens, un antagoniste naturel de l'anobie, que l'on a entre-temps l�ch� au Togo. Eu �gard au concept de la lutte int�gr�e contre P. truncatus, la mise en oeuvre concr�te des spores de protozoaires continue donc de pr�senter un int�r�t certain.


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