Table des
mati�res - Pr�c�dente - Suivante
Les effets de la m�canisation sur la productivit� en ma�siculture. Cas de la zone cotonni�re
Guy FAURE, Jean-Louis FUSILLIER, Jean-Leu MARCHAND
D�partement des cultures annuelles, CIRAD, Montpellier, France
R�sum�. La zone de savane a connu un important mouvement de m�canisation de l'agriculture au cours des vingt derni�res ann�es. Il s'agit essentiellement de l'�quipement des exploitations en mat�riel de culture attel�e; la petite motorisation, introduite plus r�cemment, reste marginale compte tenu de l'arr�t de sa diffusion ces derni�res ann�es. Le passage � un niveau de m�canisation sup�rieur constitue un bouleversement majeur du syst�me de production. A l'�chelon de l'exploitation, on note l'accroissement de la superficie cultiv�e qui renforce les besoins en main-d'oeuvre, compte tenu de la m�canisation s�lective des op�rations. L'assolement est aussi modifi�, la part du ma�s progresse consid�rablement au d�triment du sorgho car le rendement potentiel de la culture devient un crit�re fondamental pour le producteur confront� au financement des �quipements. Sur le plan de la culture du ma�s, on constate g�n�ralement que la m�canisation s'accompagne d'une �l�vation du rendement. Cette �l�vation tient d'abord au fait que l'utilisation des intrants cro�t souvent avec le niveau de m�canisation. Toutefois intervient �galement le fait que la m�canisation permet de r�aliser rapidement les travaux de labour et de mieux respecter les dates optimales de semis, facteur important du rendement. La hi�rarchie des divers niveaux de m�canisation en mati�re de productivit� des facteurs (marge nette/ha, marge nette/jour de travail) est conditionn�e par deux �l�ments �minemment variables: le rendement, qui d�pend lui-m�me du degr� de ma�trise de la culture, et le prix du ma�s. La culture attel�e appara�t la plus avantageuse lorsque les vari�t�s et les techniques culturales ne sont pas au point ou lorsque le ma�s est valoris� � bas prix. La culture motoris�e n'obtient l'avantage qu'en cas de conditions culturales et �conomiques favorables; elle appara�t de ce fait tr�s risqu�e.
Un trait marquant de l'�volution (Je l'agriculture de la zone de savane, au cours des trente derni�res ann�es, est l'essor de la m�canisation. Diffus�e � partir des ann�es 60, la culture attel�e avec traction bovine est maintenant couramment r�pandue au sud du Mali, � l'ouest du Burkina Faso, au nord de la C�te-d'Ivoire et au nord du Cameroun. La proportion des exploitations �quip�es d'attelages varie certes consid�rable ment selon les r�gions: elle est �valu�e � 31 % dans l'ouest du Burkina Faso (enqu�te de Schwartz dans les r�gions de la Boucle du Mohoun et des hauts-bassins, 1989), contre 70 % au sud du Mali (enqu�te exhaustive de la CMDT, 1988-1989). La petite motorisation a �galement �t� promue � la fin des ann�es 70 par les soci�t�s d'encadrement du cotonnier, mais sa diffusion reste tr�s limit�e. Les effectifs de petits tracteurs en service actuellement ne d�passent pas les 300 dans chacun des pays mentionn�s. Cette forme de m�canisation-motorisation est entr�e dans une phase de stagnation, voire m�me de r�gression ces derni�res ann�es, avec le d�sengagement des structures d'appui; sa viabilit� �conomique para�t d'autant plus incertaine dans le nouveau contexte de baisse de la marge cotonni�re.
Les conditions d'�quipement des exploitations et les effets induits par la m�canisation ont �t� l'objet de nombreuses �tudes. Parmi ces derni�res, la synth�se de BIGOT et RAYMOND (1991) constitue une r�f�rence. On s'appuiera sur ce travail et sur ceux plus actuels de TERSIGUEL (1992) et FAURE (1992; 1993) au Burkina Faso, pour pr�ciser, au niveau de la ma�siculture, la productivit� respective des divers niveaux de m�canisation. Il convient toutefois de garder conscience que le ma�s ne constitue g�n�ralement qu'une composante des syst�mes de culture, occupant une faible place dans le produit d'exploitation. L'appr�ciation ultime de l'int�r�t des diverses formes de m�canisation doit �tre r�alis�e au niveau de l'ensemble de l'exploitation.
Une extension de la surface cultiv�e au profit du ma�s et du cotonnier
L'effet �surface cultiv�e� de la m�canisation et de la motorisation est le plus marquant. Dans les trois villages de l'ouest du Burkina Faso �tudi�s par Faure (Il 992), les exploitations en culture manuelle cultivent 3,8 ha, contre 11 ha pour celles disposant de la traction animale et 35 ha pour celles pass�es � la petite motorisation. Ces �carts ne r�sultent pas seulement du processus de m�canisation mais tiennent surtout au fait que ce sont les exploitations ayant les ressources en main-d'oeuvre et en terre les plus abondantes qui acc�dent de fa�on privil�gi�e � la m�canisation. Une accumulation pr�alable est en effet n�cessaire pour financer les �quipements. L'assolement est consid�rablement modifi�. Le cotonnier et le ma�s voient leur part cro�tre avec la m�canisation au d�triment du mil-sorgho. La surface en coton augmente logiquement car c'est la culture commerciale qui doit couvrir l'essentiel des charges li�es � la m�canisation-motorisation. Le ma�s est �galement privil�gi� car il pr�sente un potentiel productif �lev� et peut �tre partiellement commercialis� (figure 1).
Une m�canisation s�lective des op�rations culturales
La m�canisation intervient de fa�on privil�gi�e pour la pr�paration du sol. Il s'agit en effet d'une t�che particuli�rement p�nible � r�aliser manuellement et le recours � la charrue s'av�re alors d'une grande efficacit�. La fr�quence de la m�canisation va en d�croissant pour le sarclage, puis pour le semis. La diffusion de mat�riel pour ces op�rations (multiculteurs et semoirs), commenc�e plus r�cemment, se poursuit toutefois � un rythme rapide. La r�colte demeure int�gralement manuelle, devenant ainsi un goulet d'�tranglement majeur. L'application de t�ches manuelles sur des surfaces consid�rablement �largies induit une utilisation accrue de la force de travail. Cela passe par le recours � des salari�s et un alourdissement de la charge de travail des actifs familiaux, notamment les femmes et enfants. Ce constat n'est nullement sp�cifique � la culture du ma�s (figure 2).
Une diminution du temps de travail par hectare
Les diverses �tudes disponibles ne s'accordent pas sur l'ampleur de l'�conomie de travail par hectare obtenue en passant � un stade de m�canisation sup�rieur (figure 3).
Il semble que les donn�es de VERNIER et ARNAUD (1989) aient �t� obtenues dans des exploitations � main-d'oeuvre particuli�rement peu productive ou peu accoutum�es � la culture du ma�s. Les donn�es de FAURE et TERSIGUEL (Op. cit.) sont plus proches des normes de temps de travaux couramment admises en culture manuelle et attel�e. La faiblesse de la r�duction de la quantit� de travail par hectare entre culture manuelle et motoris�e chez Faure (seulement 10 jours) peut surprendre. Cette �conomie de travail permet une progression de la surface cultiv�e par r�sident, illustr�e sur la figure 4.
Figure 2. M�canisation des op�rations culturales sur ma�s encadr� par la CMDT au Mali, en 1991.
Figure 3. Travail fourni pour la culture du ma�s selon le niveau de m�canisation.
Un rendement en ma�s plus �lev�
A l'exception du cas ivoirien �tudi� par Bigot au d�but des ann�es 80, le rendement en ma�s s'�l�ve de fa�on significative avec le niveau de m�canisation. Il convient de nuancer cette relation car les exploitations les plus m�canis�es, dot�es de moyens financiers plus importants, peuvent aussi �tre celles qui utilisent les plus grandes quantit�s d'intrants par hectare (bien que les donn�es recueillies par Faure ne le confirment pas). La m�canisation permet certainement une meilleure ma�trise de la culture (respect du calendrier cultural optimal rendu possible par une r�alisation plus rapide des t�ches, surtout pour la pr�paration du sol, semis � bonne densit�...), facteur important du rendement. On pourrait �galement penser que les exploitations motoris�es ont r�ussi � mieux valoriser l'am�lioration du �paquet technique ma�s� (vari�t�s am�lior�es, doses d'engrais...). En effet, l'�cart de rendement entre manuel et motoris� s'est consid�rablement creus� entre les enqu�tes du d�but et celles de la fin des ann�es 80 (figure 5).
La question de la durabilit� du syst�me de culture est souvent pos�e lorsqu'il y a passage � la culture motoris�e. Les enqu�tes r�alis�es au Mali et au Burkina Faso montrent un maintien du niveau de rendement en ma�s dans les exploitations en petite motorisation. Par contre, on constate un fl�chissement du rendement en sorgho. Aucune conclusion nette ne se d�gage donc (figure 6).
La productivit� de la terre et du travail
On a consid�r� ici les donn�es les plus r�centes: celles de l'�tude de Faure qui' se rapporte aux campagnes 1990-1991 et 1991-1992 et concerne un �chantillon annuel de 10 exploitations non m�canis�es, 14 avec attelages et 12 avec petite motorisation.
Figure 5. Rendement en ma�s selon le niveau de m�canisation des exploitations.
Figure 6. Evolution des rendements c�r�aliers apr�s petite m�canisation au Mali et au Burkina Faso.
Les charges �fixes� (qui comprennent ici le remboursement des emprunts, l'entretien du mat�riel et le carburant et correspondent donc plut�t aux charges li�es � la m�canisation) progressent fortement lors du passage de la culture attel�e � motoris�e (de 3 600 � 27 400 FCFA/ha). Par contre, on note un niveau de charges �fixes� voisin dans les exploitations en culture manuelle et attel�e. Les exploitations non m�canis�es de l'�chantillon connaissent un niveau �lev� d'endettement relativement � leur revenu, tandis que les exploitations avec attelages ont apparemment d�j� rembours� en grande partie leur �quipement. Les donn�es de TERSIGUEL confirment ce constat.
Les charges �directes� (intrants, main-d'oeuvre ext�rieure, prestations de service) sont de niveau comparable rapport�es � l'hectare dans les trois types d'exploitations (de 17 000 � 20 000 FCFA/ha). L'application des engrais varie peu d'un type � l'autre. L'�lement qui diff�re p�se d'un tr�s faible poids dans les charges �directes�; il s'agit de l'utilisation de manuvres dans les exploitations motoris�es ou les grandes exploitations m�canis�es, et du recours � la prestation de service pour le labour dans les exploitations non �quip�es.
L'augmentation du produit brut par hectare avec le niveau de m�canisation accompagne l'�l�vation du rendement en ma�s (2 t/ha en manuel, 2,6 t/ha en attel�, 3 t/ha en motoris�). Compte tenu de l'importance des charges �fixes� en culture motoris�e, c'est la culture attel�e qui donne la marge nette par hectare la plus �lev�e dans la bande de prix usuelle du ma�s (30 � 60 F/kg). Mais le crit�re �conomique privil�gi� par les producteurs est g�n�ralement la productivit� du travail (�valu�e d'apr�s la marge nette par jour de travail), la situation dominante �tant celle o� le travail constitue le facteur limitant. Les exploitations en culture attel�e obtiennent une productivit� du travail nettement sup�rieure � celle des exploitations non �quip�es quel que soit le prix du ma�s. Le passage � la culture motoris�e en revanche ne permet un gain de productivit� du travail qu'avec une valorisation �lev�e du ma�s (prix sup�rieur � 55 F/kg). La marge nette par jour de travail obtenue en culture motoris�e est inf�rieure de 15 % � celle obtenue en culture attel�e avec un ma�s valoris� � 30 F/kg, prix couramment atteint sur le march�. L'instabilit� du prix du ma�s fait de la motorisation une technique tr�s risqu�e (figure 7).
R�f�rences bibliographiques
BIGOT Y., RAYMOND G., 1991. Traction animale et motorisation en zone cotonni�re d'Afrique de l'Ouest. Documents Syst�mes agraires n�14 CIRAD, 95 p.
CMDT 1989. Le projet Mali Sud III. La m�canisation rurale, 101 p.
FAURE G., 1992. Intensification et s�dentarisation des exploitations m�canis�es. Rapport annuel en agro�conomie, campagne 1991/1992. INERA, 52 p.
FAURE G., 1993. M�canisation, productivit� du travail et risques: le cas du Burkina Faso. S�minaire SFER, Montpellier 13-14 mai 1993. 18 p.
PERSOONS C., 1987. La m�canisation dans les exploitations agricoles d'un village du Mali Sud: cons�quences �conomiques et sociales. M�moire de DAA, ENSAM, 70 p.+ annexes.
TERSIGUEL P., 1992. Boho-Kari, village Bwa: les effets de la m�canisation dans l'aire cotonni�re du Burkina Faso. Th�se de Doctorat de g�ographie, 528 p.
VERNIER P., ARNAUD M., 1989. L'introduction de la motorisation interm�diaire dans la r�gion du sud-est du B�nou� (Nord Cameroun). Les cahiers de la recherche-d�veloppement, 23:26-39.
WEY J., 1993. Optimisation des syst�mes de culture ma�sicoles dans l'ouest du Burkina Faso. INERA/CIRAD-CA, 26 p.
Quelques probl�mes sp�cifiques � la ma�siculture irrigu�e: le cas de la vall�e du S�n�gal
Jean-Leu MARCHAND
D�partement des cultures annuelles, CIRAD, Montpellier, France
R�sum�. Il est techniquement possible de cultiver du ma�s, en contre-saison fra�che avec irrigation totale et en hivernage avec irrigation compl�mentaire, � condition de lever certaines contraintes techniques de sol et de climat, de choisir des vari�t�s adapt�es et d'assurer une meilleure ma�trise de l'irrigation. Mais d'autres contraintes, d'ordre �conomique ou social, risquent de contrarier le d�veloppement de la ma�siculture irrigu�e.
Le ma�s irrigu�
Par rapport aux autres c�r�ales, le ma�s r�pond mieux � l'intensification que le sorgho et le mil. il consomme moiti� moins d'eau que le riz irrigu�.
Par rapport au ma�s pluvial, le ma�s irrigu� est plus co�teux en culture d'hivernage (co�t de l'irrigation de compl�ment) mais, les champs �tant plus group�s, il est plus facile � collecter. En culture de contre saison, l'irrigation totale co�te cher, mais les prix d'achat sont en g�n�ral plus �lev�s. C'est donc une culture qui semble pouvoir �tre rentable.
Hivernage et contre-saison
La culture en contre-saison chaude est exclue car les temp�ratures tr�s �lev�es, le vent et la s�cheresse de l'air g�nent consid�rablement la plante et provoquent des baisses de rendement importantes.
En contre saison fra�che, par rapport � une culture d'hivernage, les rendements potentiels sont plus �lev�s (jusqu'� 7 ou 8 t/ha en essais), l'enherbement est r�duit (les adventices, g�n�es par les faibles temp�ratures, l�vent mal et se d�veloppent lentement) et les attaques d'insectes sont r�duites.
Ceci conduit � d�finir deux cibles. En hivernage, on peut pratiquer une culture tr�s proche de celle d'un ma�s pluvial, l'irrigation ne venant qu'en compl�ment. On vise des rendements moyens et on accepte la concurrence avec le ma�s pluvial. En contre-saison fra�che, les rendements potentiels �lev�s plaident pour une culture intensive, seule capable de rentabiliser le co�t de l'irrigation totale.
Sols l�gers et sols lourds
Dans toute la vall�e du S�n�gal, on retrouve la m�me topos�quence (figure 1). Le ma�s peut �tre cultiv� sur fond� (sols alluviaux, lourds) et sur di�ri (sable dunaire, sols l�gers). Les cultures sur sols de, pratiqu�es dans le delta avec irrigation par aspersion, ne pr�sentent pas de probl�mes sp�cifiques par rapport aux cultures pluviales, sinon ceux des techniques d'irrigation. Elles n'en pr�sentent pas non plus par rapport aux cultures sur fond�. Ces derniers sont toutefois des sols filtrants, � r�serve en eau faible (on retrouve la question des techniques d'irrigation), o� les probl�mes d'asphyxie li�s � un mauvais drainage sont rares.
La culture sur di�ri pose moins de probl�mes que celle sur fond�, ce qui explique que les rendements soient plus �lev�s.
Les probl�mes sp�cifiques au ma�s irrigu�
Le ma�s est cultiv� actuellement dans la vall�e du fleuve S�n�gal, dans des casiers am�nag�s pour le riz, avec irrigation par lame d'eau. Les probl�mes qui se posent � cette culture tiennent essentiellement au climat, aux sols et aux techniques d'irrigation.
Le climat
Il faut �viter, pour le semis comme pour la croissance du ma�s, les trop fortes temp�ratures (avril-juin et octobre), les trop faibles temp�ratures (� partir de mi-novembre) au moins pour le semis, l'harmattan, et, toujours pour les semis, les fortes pluies de fin juillet et d'ao�t.
Ceci impose des cr�neaux relativement �troits pour les semis:
Les sols
En sch�matisant beaucoup, et en se limitant au Oualo, on trouve trois grandes cat�gories de sols
La culture du ma�s est donc possible sur fond� et faux holland�. Ce sont des sols lourds, drainant mal, formant facilement une cro�te en surface. Ils sont tr�s g�n�ralement carenc�s en phosphore et en soufre. Leur capacit� au champ est �lev�e � tr�s �lev�e (200 � 300 mm/m).
Figure 1. Topos�quence caract�ristique de la vall�e du fleuve S�n�gal.
L'irrigation
L'eau est faiblement min�ralis�e, mais charg�e en ions carbonates. L'irrigation est faite g�n�ralement par lame d'eau, dans des casiers � vocation rizicole plus ou moins bien plan�s. La gestion de l'eau se fait au niveau du p�rim�tre. Les apports sont le plus souvent trop abondants et trop espac�s. Il s'ensuit que la culture subit des alternances de submersions et de s�cheresses, avec des cons�quences s�rieuses sur le d�veloppement des plantes et le rendement. Le probl�me serait diff�rent en irrigation par aspersion, mais le co�t de l'investissement est un obstacle.
Les cons�quences
Lorsqu'il y a � la fois des sols lourds et mal drain�s, une irrigation mal conduite, une eau charg�e en ions carbonates et une forte demande �vaporative, les cons�quences peuvent �tre, et sont souvent, graves
Les rem�des
Pour �viter ces cons�quences n�gatives, des solutions techniques existent.
Le drainage est absolument n�cessaire, pour �viter les remont�es de sel, le risque d'alcalinisation et l'asphyxie racinaire.
L'irrigation � la raie ou par aspersion serait un progr�s. Si l'irrigation se fait par lame d'eau, un meilleur planage des casiers serait favorable.
Le labour profond permet un bon enracinement, donc une alimentation min�rale et hydrique correcte. Il limite les risques d'asphyxie, comme le billonnage qui peut aussi �tre utile.
Le semis devrait �tre moins profond (couramment 10 cm) pour �viter l'asphyxie des plantules lors des premi�res irrigations. C'est la cause principale des faibles densit�s observ�es m�me lorsque la densit� au semis est correcte.
Les vari�t�s doivent � la fois, outre les qualit�s classiques, tol�rer des temp�ratures souvent �lev�es, des stress hydriques et des submersions temporaires (il existe une variabilit� g�n�tique Pour ces facteurs). Elles doivent avoir un syst�me racinaire puissant et, au moins pour la culture de contre-saison fra�che, r�pondre � l'intensification. En contre-saison fra�che, des hybrides temp�r�s peuvent �tre cultiv�s avec succ�s.
Les autres contraintes
D'autres contraintes existent: l'�coulement de la production, en l'absence de fili�re organis�e et de d�bouch�s assur�s;
Il n'est pas s�r que ces contraintes permettent le d�veloppement du ma�s comme culture irrigu�e.
Jean-Louis FUSILLIER
D�partement des cultures annuelles, CIRAD, Montpellier, France
R�sum�. Au cours des ann�es 1975-1985, la C�te-d'Ivoire a vu �merger une fili�re avicole semi-industrielle induisant une importante demande en ma�s. Initialement satisfait par des importations, l'approvisionnement en ma�s des provenderies est report� sur le march� local � la faveur de la hausse du prix du ma�s import� et de l'adoption de mesures protectionnistes par les pouvoirs publics. Si l'objectif des pouvoirs publics de substitution d'un ma�s local au ma�s import�, � un co�t acceptable pour les provenderies, a bien �t� atteint, en revanche, le second objectif de d�veloppement r�gional n'a pas �t� atteint. Il s'agissait en effet de promouvoir le ma�s comme nouvelle culture de rente dans la zone de savane, afin d'offrir aux paysans un compl�ment au coton. Bien que la zone de savane soit l'aire de culture privil�gi�e du ma�s en C�te-d'Ivoire, la r�ponse de l'offre au d�veloppement du march� est intervenue essentiellement dans une r�gion foresti�re: le centre-ouest. Cette dynamique r�gionale repose sur deux principaux facteurs. D'une part, le contexte d'une agriculture de plantation dynamique avec des disponibilit�s fonci�res encore "importantes a permis une mobilisation de ressources en travail et en terre pour la culture du ma�s. D'autre part, le secteur de la collecte est anim� par des r�seaux marchands priv�s tr�s denses, compte tenu de l'importance des flux marchands agricoles (caf�, cacao, vivriers) et pr�ts � saisir toutes les opportunit�s commerciales en stimulant directement la production. Il convient n�anmoins de s'interroger sur l'avenir de cette dynamique ma�sicole, lorsque la pression d�mographique ne permettra plus la simple extension des surfaces cultiv�es.
Le contexte du d�but des ann�es 80
La C�te-d'Ivoire conna�t durant les ann�es 70 un d�veloppement �conomique acc�l�r� gr�ce � la conjonction de la mont�e en production de son verger cacaoyer, et dans une moindre mesure caf�ier, et de l'envol�e des cours de ces produits sur le march� international. Cette conjoncture favorable est mise � profit par les pouvoirs publics pour d�velopper, dans le cadre d'une politique industrielle ambitieuse, une fili�re dont le march� est particuli�rement porteur: il s'agit de la fili�re avicole. La soci�t� semi-publique mise en place (la SIPRA) contr�le la production d'aliments et de poussins, l'abattage des poulets et int�gre des �leveurs priv�s en leur assurant un appui technique. L'investissement consid�rable r�alis� induit une demande fortement croissante en ma�s, base calorique des aliments pour volaille. De quelques milliers de tonnes avant 1975, les besoins en ma�s pour la provende passent � pr�s de 30 000 t au d�but des ann�es 80. L'approvisionnement repose jusqu'alors principalement sur l'importation. D'abord par commodit�: le circuit � l'importation permet des livraisons r�guli�res, par lots de grandes quantit�s (une fonction de centralisation de l'offre est d�j� assur�e), avec une qualit� fiable. Ensuite pour des raisons de co�t: la fin des ann�es 70 est en effet marqu�e par une forte inflation � laquelle le ma�s local n'�chappe pas.
Deux consid�rations am�nent les pouvoirs publics � faire infl�chir la strat�gie d'approvisionnement des provenderies au profit du ma�s local.
La conjoncture �conomique a chang� avec le retournement � la baisse des cours mondiaux du caf� et cacao. L'heure est � la recherche d'une �conomie de devises pour r��quilibrer la balance des paiements. Or, les importations de ma�s, qui ne paraissent nullement vitales puisqu'il existe une production locale dynamique, commencent � repr�senter un co�t cons�quent (1,5 milliard de FCFA). L'accroissement rapide des besoins se conjugue en effet avec un rench�rissement du ma�s import� li� � la hausse du dollar et du cours mondial du ma�s. Le ma�s local devenant comp�titif, les provenderies acc�dent d'autant plus facilement � la demande des pouvoirs publics de suspendre les importations de ma�s.
La protection du march� du ma�s s'inscrit �galement dans une volont� d'appuyer le d�veloppement agricole de la zone de savane, partie d�favoris�e du pays. Le ma�s y constitue en effet une des principales cultures et l'ouverture d'un d�bouch� de plusieurs dizaines de milliers de tonnes est l'opportunit� attendue pour faire �voluer le ma�s du statut de culture vivri�re stricte (autoconsomm�e) � celui de culture de rente pouvant financer des charges d'intensification. La soci�t� d'encadrement du cotonnier, charg�e aussi de la vulgarisation sur les c�r�ales, encourage vivement l'adoption de cette politique protectionniste. Le ma�s est en effet compl�mentaire du cotonnier dans la rotation culturale et sa valorisation marchande peut am�liorer les possibilit�s d'�quipement et d'intensification pour les exploitations que la soci�t� encadre. Par ailleurs, cette soci�t� vient � l'�poque de s'engager dans une action de collecte du ma�s et souhaite �couler son stock aupr�s des provenderies.
La politique de promotion de la production de ma�s comporte deux volets.
Le premier volet est la restriction quantitative des importations. Les importations sont soumises � une autorisation administrative pr�alable. Cette derni�re ne doit �tre en principe accord�e qu'en cas Cie p�nurie sur le march� local, au prix officiel d'achat pet des provenderies �ventuellement quelque peu major�.
Le second volet est la fixation d'un prix seuil d'achat du ma�s par les fabricants d'aliment du b�tail et les soci�t�s g�rant des silos (int�gr�s g�n�ralement � une rizerie). Le niveau du prix (50 FCFA/kg rendu usine et 40 FCFA/kg au producteur), aurait �t� fix� � partir d'un calcul du co�t de production du ma�s obtenu dans le cas d'une culture relativement intensive (avec semence am�lior�e et engrais), conduite selon les normes recommand�es par la soci�t� cotonni�re. Ces prix se sont en fait av�r�s tr�s attractifs pour les exploitations en culture extensive sans intrants mon�taires. Le prix au producteur est purement indicatif, dans la mesure o� aucun industriel ne s'est investi dans la collecte.
Si l'objectif de substitution aux importations a bien �t� atteint, et m�me d�pass�, puisque la C�te-d'Ivoire est devenue exportatrice de ma�s pour des tonnages importants en 1984 et 1985 (respectivement 35 000 et 57 000 t), en revanche, l'objectif de d�veloppe ment r�gional n'a pas �t� rempli. La r�ponse de l'offre est surtout intervenue dans une zone foresti�re: le centre-ouest.
Des dynamiques r�gionales diff�renci�es
Une approche statistique des dynamiques de production est toujours d�licate compte tenu de la faible fiabilit� des donn�es, surtout lorsqu'on descend plus bas que l'�chelle nationale. Il convient de retenir les seules donn�es se rapportant aux ann�es au cours desquelles un protocole d'enqu�te rigoureux a �t� suivi: 1974, ann�e du recensement de l'agriculture, et 1980-1984.
La p�riode 1974-1984 est marqu�e par une importante diffusion du ma�s dans la zone foresti�re. La production de ma�s s'y serait en effet �lev�e deux fois plus rapidement que dans la zone de savane (les taux de croissance annuels respectifs durant cette p�riode sont de 6,9 % et 3,5 %). La r�gion du centre-ouest (Daloa, Gagnoa, Bouafl�, Divo), qui se rattache � la zone foresti�re, aurait ainsi atteint en 1984 un niveau de production de plus de 100 000 t, voisin de celui de la r�gion nord (Odienn�, Korhogo, Ferk�) qui constituait traditionnellement le p�le de production largement dominant, compte tenu de son climat particuli�rement propice � la culture du ma�s (figure 1).
La production de ma�s du centre-ouest se caract�rise par son caract�re commercial affirm�. En 1982, une enqu�te men�e par la SCET AGRI estime que 55 % de la production de ma�s est commercialis�e; le centre-ouest fournirait ainsi � lui seul pr�s de la moiti� des flux de ma�s commercialis�s en C�te d'Ivoire. Une enqu�te de la DCGTX r�alis�e en 1986 confirme la position de p�le d'approvisionnement national du march� du ma�s tenue par le centre-ouest: cette r�gion �exporterait� vers le reste du pays 40 000 t, soit pr�s de 40 % des flux inter-r�gionaux de ma�s (figure 2).
Dans la r�gion du nord, la production de ma�s conserve son statut vivrier strict; seulement 11 % de la production serait commercialis�e en 1982 d'apr�s la SCET AGRI. Le nord reste en marge des �changes inter-r�gionaux, il n'�exporterait� que 5 000 t en 1986 d'apr�s la DCGTX. Le commerce du ma�s n'appara�t pas plus dynamique dans la r�gion centre-nord (Touba, S�guela, Katiola); le flux �export� se limite � 4 300 t en 1986. Il est manifeste que, malgr� sa vocation ma�sicole rappel�e par les pouvoirs publics et encourag�e par un encadrement technique plus important assur� par la soci�t� cotonni�re, la zone de savane septentrionale n'a pas �t�- en mesure de conqu�rir le march� de l'alimentation animale.
Figure 1. Evolution de la production de ma�s par r�gion, de 1974 � 1984.
Figure 2 Flux interr�gionaux de ma�s en 1986.
Les facteurs de l'expansion ma�sicole du centre-ouest
Une mobilisation de nouvelles ressources en terre et en travail
Le centre-ouest conna�t jusqu'au d�but des ann�es 80 une intense immigration d'agriculteurs pionniers venus cr�er une plantation de caf� ou de cacao, cultures de rente hautement r�mun�ratrices � l'�poque. Le centre-ouest dispose d'une assez grande abondance de terres (la densit� de population rurale est alors g�n�ralement inf�rieure � 40 habitants par km') et les autochtones sont incit�s � c�der leurs droits fonciers sur la for�t du fait d'une l�gislation fonci�re tr�s favorable aux immigrants. Si le travail sur la plantation constitue l'activit� prioritaire, les paysans cherchent �galement � couvrir leurs besoins vivriers par une production domestique. Le ma�s est une composante majeure du syst�me de culture vivrier adopt� par les immigrants originaires de la zone de savane (Burkinab�s, Ivoiriens du nord, Maliens), qui parviennent, dans nombre de zones du centre-ouest (surtout vers Vavoua, Daloa), � d�tenir la majorit� d�mographique. Les c�r�ales tiennent en effet une place primordiale dans les habitudes alimentaires et culturales de ces groupes ethniques.
Le syst�me de culture adopt� (installation des vivriers sur d�friche foresti�re o� le cacaoyer ou le caf�ier seront ensuite plant�s) conduit � une forte extension des surfaces vivri�res, dont le ma�s. Le rythme le plus rapide possible de d�frichement et de plantation est en effet recherch� pour s'assurer une quasi-propri�t� fonci�re. Il en r�sulte le d�gagement d'importants surplus vivriers. Ces surplus structurels, qui peuvent �tre c�d�s par les producteurs � un bas prix correspondant au co�t marginal, vont �videmment attirer les op�rateurs du commerce. Un circuit commercial va s'amorcer, faisant �voluer ces productions vers une vocation plus affirm�e de vente.
Au milieu des ann�es 80, les r�serves foresti�res se rar�fient et la dynamique fond�e sur l'extension des plantations s'�puise. Les disponibilit�s en terre restent en fait abondantes mais correspondent � des jach�res et des bas-fonds, et sont appropri�es par les autochtones et les premiers migrants install�s. La dynamique ma�sicole peut se poursuivre par un report sur des terres impropres aux plantations, ou par des cessions de terre � titre temporaire. De telles cessions ne sont en effet accord�es que pour la r�alisation de cultures annuelles comme le ma�s, ces cultures ne constituant pas des �marqueurs� de droit foncier contrairement aux arbres. La main-d'uvre est encore suffisamment abondante, notamment dans les petites exploitations des derniers migrants install�s, Pour soutenir une dynamique de production proc�dant d'une cession temporaire de terre.
Une compl�mentarit� entre ma�s et caf�ier
Le ma�s est davantage diffus� dans les zones o� les plantations caf�i�res tiennent une plus grande importance (partie septentrionale du centre-ouest). Le calendrier cultural du ma�s de premier cycle s'ins�re en effet facilement dans celui du caf�ier, comme le montre la figure 3.
Les activit�s sur ma�s et cacaoyer peuvent �galement pr�senter une bonne compl�mentarit� � condition de r�aliser un ma�s pr�coce sem� en f�vrier-mars et r�colt� d�s juin avant les premi�res r�coltes substantielles de cabosses.
Un secteur de collecte priv� entreprenant
Le centre-ouest est l'une des premi�res r�gions productrices de cacao, caf�, vivriers divers tels que l'igname et la banane plantain. L'importance des flux agricoles marchands a confort� le d�veloppement d'un important secteur de collecte priv�. Ce dernier, traditionnellement contr�l� par des op�rateurs originaires de la zone de savane (Ivoiriens dioulas du nord-ouest et Maliens) est, tout comme le secteur de la production, dynamis� par le courant d'immigration. L'immigration permet aux grossistes de s'attacher un grand nombre de �collecteurs� et de manoeuvres � bas co�t. Les commer�ants ont jou� un r�le tr�s important dans la stimulation de l'offre de ma�s. Outre la conclusion de contrats informels avec les producteurs, ils ont aussi investi directement la production de ma�s en recourant aux services d'une main-d'uvre r�mun�r�e. L'enqu�te de Fusillier (1986-1987) montre que les plus gros producteurs de ma�s de la zone de Daloa, cultivant souvent aussi en deuxi�me cycle, sont g�n�ralement des commer�ants. On trouve ainsi, � l'�poque, des commer�ants mettant en culture plusieurs dizaines d'hectares avec des techniques exclusivement manuelles.
Une culture r�mun�ratrice r�duisant les contraintes de tr�sorerie
La concurrence semble assez vive entre les collecteurs, et les producteurs obtiennent des prix r�mun�rateurs. Le ma�s fournit une r�mun�ration du travail (premier crit�re int�ressant les producteurs) beaucoup plus �lev�e que le riz pluvial, principale alternative. La commercialisation du ma�s en ao�t-septembre permet de lever la principale contrainte de tr�sorerie le financement de la rentr�e scolaire des enfants.