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Chapitre 8: Perspectives nouvelles de la production et de l'utilisation

Table des mati�res - Pr�c�dente - Suivante

D�shydratation commerciale des plantes-racines et leur emploi
Utilisation des racines comme mati�res premi�res industrielles
Utilisation des racines dans l'alimentation animale
Production de prot�ines unicellulaires pour l'alimentation du b�tail

 

Ce chapitre �tudie les possibilit�s d'�largir l'utilisation des plantes-racines dans l'agro-industrie. Le sucœs des efforts d�ploy�s pour accro�tre la production de racines tropicales et promouvoir leur emploi dans l'alimentation d�pendra de la demande commerciale. Les agriculteurs ne seront pas encourag�s � produire un exc�dent commercialisable si cela provoque un encombrement du march�, des rebuts et une baisse des prix. Les responsables politiques devraient non seulement favoriser des lignes d'action visant � accro�tre la consommation des racines comme aliments pour l'homme et les animaux, mais aussi apporter un appui aux activit�s de recherche qui �tendront leur utilisation. Il faudrait mener des efforts pour lancer de nouvelles techniques faciles � utiliser par les ruraux, afin de produire une gamme d'aliments transform�s � base de racines. Cette strat�gie cr�era des emplois et rel�vera les revenus en zones rurales. En stimulant la demande, on encouragera les agriculteurs � produire plus de racines qui pourront �tre transform�es en aliments pour animaux ou utilis�es dans l'industrie. La demande peut �tre stimul�e par le d�veloppement dans les trois grands domaines suivants:

D�shydratation commerciale des plantes-racines et leur emploi

La d�shydratation consiste � passer � l'eau les racines �pluch�es pour enlever l'exc�s d'amidon, puis � les couper en tranches, les blanchir, les �craser en pur�e et les s�cher. L'�pluchage peut �tre effectu� par immersion dans une solution alcaline � 10 pour œnt ou par cuisson � la vapeur � de hautes temp�ratures (150 �C) pendant peu de temps.

Le s�cheur, qui peut �tre un �changeur de chaleur ou un s�cheur � tambour, sera aliment� par des d�chets agricoles comme des coques de noix de coco, qui sont abondantes et � bon march� en Asie du Sud-Est. Cela r�duit le taux d'humidit�, qui passe de 70 � 12 pour cent. Une meilleure conservation des plantes-racines accro�tra leur assimilabilit� et r�duira les pertes apr�s r�colte. Le produit s�ch� prend moins de place � l'entreposage et se conserve plus longtemps. Il est facile de le reconstituer et de le pr�parer pour la consommation, facteur particuli�rement important pour les consommateurs urbains. La farine compos�e, dont celle d'igname, est utilis�e dans des produits extrud�s comme les nouilles et les macaronis. On pourrait avoir recours � des proœd�s similaires pour la fabrication de produits � base de farine � partir d'autres plantes-racines.

Ainsi transform�es, les racines trouveront des utilisations plus nombreuses. La farine servira � la pr�paration de m�langes alimentaires pour nourrissons et de farine compos�e pour la panification. Les activit�s de recherche et de d�veloppement sur la farine compos�e utilisant des plantes-racines et d'autres produits locaux ont fait de tr�s grands progr�s en Colombie. Sur la base des premi�res recherches men�es en 1971-1972, on a conclu que si les farines de riz et de mais sont pr�f�rables comme composants autres que le bl� dans la pr�paration des farines compos�es, la farine et la f�cule de manioc offrent aussi de bonnes possibilit�s techniques. Les activit�s pilotes ont d�montr� qu'il est possible de fabriquer du pain sur une �chelle commerciale avec de la farine de bl� contenant jusqu'� 30 pour cent de constituants autres que le bl�. Mais l'introduction massive de ces farines n�cessite un effort concert� des secteurs public et priv� pour que des mati�res premi�res autres que le bl� soient disponibles en grandes quantit�s et � des prix int�ressants. Une augmentation de la production de manioc et une baisse des prix sont indispensables pour que la farine compos�e soit �conomiquement int�ressante pour les meuniers et les consommateurs (Goering, 1979).

La fabrication du pain avec de la farine compos�e � base de produits locaux - r�duirait le co�t en devises du bl� import�. Ce co�t est particuli�rement �lev� aux Philippines o� une usine a �t� implant�e pour transformer chaque jour 5 000 kg de patates fra�ches en farine. Le pain � partir de cette farine contiendra davantage de calories, de vitamine A et de lysine que le pain de froment et permettra de garder des devises. S'il peut �tre vendu � un prix r�duit, il contribuera � l'am�lioration de l'�tat nutritionnel de la population. Taylor (1982) a estim� que les profits en esp�ces revenant aux agriculteurs producteurs de mati�res premi�res pour cette usine pourraient consid�rablement augmenter avec un march� garanti. Le march� �tant garanti et la culture financ�e, la promotion de la patate comme culture de rapport sera plus facilement accept�e.

Les racines fra�ches sont rarement export�es en grandes quantit�s � cause de leur forte teneur en eau et de leur nature p�rissable. Le taro est export� en petites quantit�s de Fidji, du Samoa-Occidental, des Tonga et des �les Cook vers les Etats-Unis, la Nouvelle-Z�lande et l'Australie pour les Polyn�siens et les M�lan�siens immigr�s. Des ignames sont aussi export�es d'Am�rique latine et d'Afrique pour les immigr�s d'Europe, mais il s'agit de faibles quantit�s et les prix en sont �lev�s.

Utilisation des racines comme mati�res premi�res industrielles

Presque toutes les f�cules produites dans le monde sont extraites soit des c�r�ales (mais, sorgho, bl�, riz), soit des principales plantes-racines (pomme de terre, patate, manioc, arrow-root) ou encore de la moelle du sagoutier. Si les f�cules tir�es de ces divers v�g�taux varient l�g�rement dans leurs propri�t�s physiques et chimiques, elles peuvent �tre substitu�es l'une � l'autre pour toute une gamme d'emplois finals. La f�cule de manioc peut concurrencer d'autres f�cules et les prix relatifs, la qualit� et la r�gularit� des approvisionnements sont des facteurs fondamentaux dans la d�termination des parts de march� (Goering, 1979).

Les racines de manioc peuvent �tre tranform�es en f�cule commerciale pour l'emploi dans l'industrie alimentaire, l'industrie textile et celle du papier. En tant que denr�e alimentaire, la f�cule peut �tre hydrolys�e par les acides et les enzymes en dextrines et sirops de glucose, mais la f�cule de mais est souvent offerte � meilleur march� pour ces utilisations. La saveur douce de la f�cule de manioc, sa faible teneur en amylose, sa tendance � ne pas r�gresser, son excellente r�sistance � la cong�lation-d�cong�lation r�p�t�es la rendent bien adapt�e � l'industrie alimentaire. Une modification simple de la f�cule de manioc par liaison transversale, ou l'emploi de m�langes f�cule de ma�s/manioc en font un produit id�al pour la pr�paration de nombreux aliments pr�ts � consommer. La f�cule extraite du taro a �t� recommand�e comme diluant dans l'industrie chimique et pharmaceutique, et comme agent porteur dans la fabrication de cosm�tiques comme la poudre de riz. Son grain est semblable � celui de l'amidon de riz qui est couramment utilis� � ces fins.

La f�cule de manioc est fabriqu�e en Tha�lande, au Br�sil et en Malaisie et export�e principalement au Japon et aux Etats-Unis. En 1975, les exportations avaient atteint environ 100 000 tonnes par an, pour une valeur de quelque 30 millions de dollars des Etats-Unis, la Tha�lande contr�lant � peu pr�s 50 pour cent du march�. En Tha�lande des f�culeries de diff�rentes dimensions ont �t� implant�es, parmi lesquelles une soixantaine de petites unit�s pouvant traiter chacune 2 � 3 tonnes d'amidon par jour, un nombre �gal d'usines modernes produisant 30 � 60 tonnes par jour et quelques grandes usines dont la capacit� atteint 100 � 150 tonnes par jour. Au total, la production annuelle de ces fabriques s'�l�ve � environ 800 000 tonnes, dont 700 000 sont produites dans des �tablissements modernes. En Tha�lande, une grande proportion de la f�cule de manioc produite peut �tre utilis�e par les industries locales, et le reste est export� vers d'autres pays qui poss�dent des industries textiles.

Dans plusieurs pays, l'industrie traditionnelle de la f�cule approvisionne les utilisateurs locaux et constitue un march� d'acc�s facile pour les petits agriculteurs producteurs de racines tropicales. Elle fournit aussi de nombreux emplois non agricoles. Les usines sont g�n�ralement de petite taille (une tonne de racines brutes trait�es par heure), sont �quip�es d'un mat�riel fabrique localement et ont recours � des proc�d�s de s�dimentation rudimentaires qui fournissent un produit de qualit� variable. Cette industrie locale a souvent du mal � rivaliser avec les grandes usines semiautomatis�es (traitant jusqu'� 20 tonnes par heure) ou avec des usines utilisant comme mati�re premi�re des c�r�ales, parfois impot�es � bas prix. Si l'on consid�r� que c'est normalement l'industrie des granul�s qui fixe les prix des racines de manioc, il n'est gu�re possible de baisser le prix de la f�cule pour rendre les exportations plus comp�titives. La capacit� exc�dentaire de l'industrie de la f�cule en Tha�lande place le pays en bonne position pour couvrir les besoins de tous les nouveaux march�s � travers le monde. L'exportation �ventuelle de f�cule de racines est moins attrayante pour d'autres pays en d�veloppement qui ne se sont pas encore �tablis sur le march� (Goering, 1979).

La f�cule peut �tre hydrolys�e en glucose et utilis�e comme �dulcorant. Les f�cules provenant des plantes-racines sont souvent plus ch�res que celles tir�es de c�r�ales comme le riz ou le mais. L'augmentation de la production pourrait r�duire les co�ts de la f�cule de racines et la rendre plus comp�titive. La figure 8.1 pr�sente sous forme de diagramme un exemple de syst�me agro-industriel pour l'utilisation du manioc.

La fermentation de la levure de l'extrait de f�cule hydrolys�e de manioc ou d'autres v�g�taux donne un bon rendement d'alcool �thylique absolu, qui peut servir de diluant, m�lang� (jusqu'� 20 pour cent) � des combustibles � base de p�trole, sans endommager le carburateur des moteurs � essence. Le Br�sil a lanc� le Programme national alcool en 1975 pour produire de l'alcool �thylique � partir de mati�res premi�res agricoles, principalement la canne � sucre. La technique est maintenant bien au point et la production a commenc�. Le coefficient de conversion f�cule/alcool est de 1,76 kg de f�cule pour un litre d'alcool. La canne � sucre est la plante qui fournit le plus d'�nergie pour la production d'alcool, mais on emploie de plus en plus la f�cule de manioc carelle peut�tre produite dans des conditions ne convenant pas � la canne � sucre. On a estim� le co�t pour la production � partir du manioc � 0,57 dollar par gallon en 1978. Au Br�sil, PETROBRAS a �t� le premier � installer � titre d'essai une grande usine pour fabriquer de l'alcool � partir du manioc, avec une capacit� de production � plein r�gime de 60 000 litres par jour. Les premiers r�sultats ont �t� compromis par l'insuffisance de la mati�re premi�re et les prix �lev�s des racines de manioc par rapport au prix de l'essence fix� par le gouvernement. Lors des premiers essais, 30 000 litres d'alcool ont �t� produits pour la sp�cification. Doubler le rendement du manioc rendrait le proc�d� plus �conomique. Cela conduirait � une production accrue de manioc et � son emploi comme source d'�nergie renouvelable (Hammond, 1977).

Figure 8.1 Syst�me agro-industriel pour le manioc

Des plans sont � l'�tude en Indon�sie pour la mise en place de plusieurs fabriques d'alcool commercial � base des mati�res premi�res provenant de la patate, du manioc et de la canne � sucre. Une attention particuli�re sera accord�e � la production de patates car elles sont r�colt�es deux fois par an tandis que le manioc ne l'est qu'une seule fois (Yang, 1982). Avec les march�s garantis, les agriculteurs sont encourag�s � produire davantage de racines.

La fermentation de f�cules commerciales avec Clostridium acetobutylicam rend environ 30 pour cent du poids sec de f�cule des solvants m�lang�s compos�s de butanol, d'ac�tone et d'alcool �thylique, dont on peut tirer des produits purs par distillation. Un proc�d� utilisant des cultivars de manioc � haut rendement comme source de f�cule pourrait �tre financi�rement int�ressant.

Certaines plantes-racines ont un tr�s grand potentiel pharmaceutique qui n'a pas encore �t� exploit� dans les pays en d�veloppement. L'igname contient des sapog�nines st�ro�diennes qui sont de bons amorceurs pour la pr�paration de la cortisone et de m�dicaments d�riv�s. Au Mexique, diff�rentes esp�ces sauvages de Dioscorea, notamment D. mexicana, contiennent de bonnes quantit�s de sapog�nines, renfermant un pourcentage �lev� de la mati�re s�che, et elles peuvent �tre transform�es en progest�rones interm�diaires. D'autres esp�ces sont de bonnes sources de diosg�nine, amorceur pour la fabrication de corticost�ro�des. Les contraceptifs oraux � base de progest�rone sont maintenant largement utilis�s pour le contr�le des naissances dans plusieurs pays tropicaux. On pourrait les fabriquer dans ces pays avec les mati�res locales. Cette possibilit� a fait l'objet d'une �tude approfondie par Oke (1972).

Certaines esp�ces de Dioscorea cultiv�es en Asie du Sud-Est contiennent des saponines toxiques. Les autochtones en font un shampoing m�dicinal qu'ils utilisent pour �liminer les poux. On s'en sert aussi pour fabriquer une poudre insecticide, ayant le m�me effet que la poudre de derris, employ�e pour d�truire les parasites du riz dans les rizi�res en Malaisie. D. cirrhosa renferme suffisamment de tanin pour trouver un usage commercial. Certains cultivars de D. alata contiennent de 6 � 38 pour cent de tanin qui est utilis� en Asie du Sud-Est pour tanner les filets de p�che et � Taiwan pour tanner le cuir, auquel il donne une couleur rouge (Coursey, 1967).

Un grand nombre d'usages m�dicaux traditionnels de certaines esp�ces de Dioscorea parmi les populations africaines, chinoises et asiatiques ont �t� d�couverts par t�tonnements. Les Zoulous utilisent un extrait de D. sylvatica pour le traitement des troubles ut�rins et mammaires chez les bovins. Il faut poursuivre les travaux de recherche dans ce domaine. Mis � pan l'aspect th�orique, les applications pratiques en pharmacie et en m�decine pourraient avoir une port�e consid�rable comme dans le cas de la racine de s�n�ga, Rauwolfia serpentina Beuth. Celle-ci a �t� employ�e pendant des ann�es dans la m�decine traditionnelle indienne. Elle contient de la r�serpine dont la m�decine moderne fait un large emploi.

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